Présidentielles 2017

Présidentielles 2017 : Jean-Luc Mélenchon et les CivicTech

20 avril 2017 • By

A quelques jours du premier tour des élections présidentielles, CivicTechno a interrogé les candidats sur leur vision des CivicTech. Troisième épisode avec la vision du candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

CivicTechno.fr est un site apolitique dédié aux technologies civiques, l’ensemble des 11 femmes et hommes politiques prétendant à la fonction suprême de l’État ont reçu le même questionnaire et leurs réponses sont diffusées ici sans filtre ou sélection partisane. 

 

Les Civic Tech aujourd’hui en France ?

Mélenchon France Insoumise Civic Tech CivicTech

La technologie permet un rapport plus direct et horizontal entre les citoyens et leurs représentants politiques. Ceci est bien entendu une avancée positive mais elle est loin d’être suffisante dans son utilisation actuelle et ce pour au moins deux raisons :

  1. la fracture numérique touche encore un bien trop grand nombre de nos concitoyens. Elle peut être sociale, générationnelle ou territoriale. C’est également une fracture dans les usages. Cette disparité porte gravement atteinte à l’égalité entre individus (accès aux services publics dématérialisés, liberté d’expression, partage de la culture et des savoirs). Il faut donc s’y attaquer afin que les technologies soient garantes d’une réelle représentativité ;
  2. le régime de monarchie présidentielle actuel dans lequel un individu élu tout les 5 ans concentre l’essentiel des pouvoirs sans possibilité pour les citoyens d’agir sur ses décisions. Il nous faut donc changer de régime institutionnel, rendre le peuple souverain et favoriser une réelle participation citoyenne notamment via les Civic Tech.

Le rôle de l’Etat est bien entendu primordial dans le renouveau démocratique, la participation collective pour les affaires publiques et l’établissement d’un rapport de confiance entre les élu-e-s et les citoyens.

 

Les CivicTech et la campagne de Jean-Luc Mélenchon ?

La campagne de la France Insoumise accorde une place centrale aux nouvelles technologies et à Internet. La plateforme principale est basée sur Nation Builder. Au delà de l’outil, c’est la stratégie de campagne, qui ne repose non plus sur des partis et des directives mais sur l’implication du plus grand nombre et l’intelligence collective, qui fait la différence.

Ainsi, notre programme – L’Avenir en Commun – est le fruit d’une réflexion collective qui s’est traduite par des milliers de contributions via la plateforme. Par ailleurs, de nombreuses initiatives de campagne sont issues de sympathisants ou militants auto-organisés via Internet. Le Discord Insoumis par exemple a développé des outils de campagne innovants et percutants (jeu vidéo Fiscal Kombat, Mélenphone, etc.).

Mélenchon France Insoumise Civic Tech CivicTech 2

Tout a été mis en œuvre pour protéger la vie privée des utilisateurs qui utilisent la plateforme. La protection des données personnelles et la renégociation du Privacy Shield sont des priorités de notre programme Numérique. Vous en trouverez le détail dans le livret thématique qui lui est consacré.

 

Quelle place pour les technologies civiques dans le programme de la France Insoumise ?

Les Civic Tech et l’utilisation des nouvelles technologies dans la vie démocratique constituent un tournant dans notre représentation et notre rapport vis à vis de la politique.

Ainsi, la transformation du fonctionnement des pouvoirs publics pour plus d’efficacité et plus de démocratie dans la prise des décisions est une priorité majeure. Les outils de budgets participatifs, de co-écriture des lois, de mise en relation des citoyens avec leurs représentants se multiplient. Il faut développer leurs usages et les modes de concertation afin que les citoyens puissent contribuer de la façon dont ils le souhaitent, via les outils numériques et/ou le débat présentiel. Cette participation doit s’appuyer sur l’éducation populaire et les mouvements citoyens. Les débats entamés et les décisions prises lors des assemblées hors ligne doivent pouvoir se poursuivre en ligne afin de faire participer le plus grand nombre. Cette participation en ligne ne doit pas être simplement esthétique. Ainsi, la loi République Numérique portée par Axelle Lemaire fut une initiative à saluer. Cependant, nous déplorons le résultat qui démontre que ce fut plus un outil de communication qu’une véritable volonté de co-construction de la loi.

Mélenchon France Insoumise Civic Tech CivicTech 3

Nous présentons donc des propositions concrètes pour la e-Démocratie, issues du livret « Notre révolution numérique » :

  • Généraliser, dans le cadre de la 6e République, la conception collective des textes de loi avec les citoyens, les propositions les plus soutenues par les internautes pourront être débattues au Parlement dans le cadre du référendum d’initiative citoyenne.
  • Reconnaître le droit de pétition numérique, encadrée par la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) qui pourra accorder une carte électorale numérique sécurisée.
  • Favoriser dans chaque collectivité des hackathons civiques, c’est-à-dire des événements réunissant des citoyens, des élus, des développeurs dans un but d’améliorer des outils donnés. Les solutions développées dans ce cadre deviendront un bien commun. • Développer les projets de gouvernement ouvert et systématiser la publication en open data des données publiques détenues par les collectivités territoriales. • Garantir la diffusion en ligne et l’archivage de l’ensemble des travaux de la Constituante (cf. livret thématique « Changer de République pour faire place au peuple » dans la même collection).

 

Propos recueillis auprès de Charlotte Girard, co-responsable du programme de la France Insoumise


Présidentielles 2017

Présidentielles 2017 : Nicolas Dupont-Aignan et les CivicTech, l’interview

8 avril 2017 • By

A quelques jours des élections présidentielles, CivicTechno.fr a interrogé les candidats sur leur vision des Civic Tech aujourd’hui en France, leur rôle dans la campagne et la place de la tech citoyenne dans leur programme. Second épisode avec l’interview de Nicolas Dupont-Aignan.

CivicTechno.fr est un site apolitique dédié aux technologies civiques, l’ensemble des 11 femmes et hommes politiques prétendant à la fonction suprême de l’État ont reçu le même questionnaire et leurs réponses sont diffusées ici sans filtre ou sélection partisane. 

 

Avez vous le sentiment que la technologie est bien utilisée aujourd’hui dans la relation avec les citoyens ?

Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un grand manque dans la relation entre la technologie et le citoyen. Il existe un réel degré d’interaction entre le politique et le citoyen via Facebook et Twitter notamment et il n’est pas possible de penser que le fossé entre la technologie et le politique est immense (du moins dans les relations avec les citoyens).

Je pense également que les citoyens ont compris tous les rouages de cette relation, et l’utilisent d’ailleurs parfaitement. Entre Change.org qui a permis de mettre l’accent sur des dizaines de problématiques, les réseaux sociaux qui permettent de prendre la température liée à des actualités ciblées (à travers les interpellations directes par commentaires ou messages privés, l’analyse des préoccupations via les taux de partages sur tels ou tels sujets), il n’y a jamais eu plus d’interaction entre citoyens et responsables politiques qu’aujourd’hui !

 

« Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un grand manque dans la relation entre la technologie et le citoyen » Nicolas Dupont Aignan Civic Tech CivicTech

 

Pensez vous que l’Etat peut être moteur du changement et du renouveau démocratique en participant activement au développement des technologies qui le permettent ?

Clairement, oui ! Mais pas à n’importe quel prix. L’Etat peut bien sûr être le moteur d’un changement et d’un renouveau démocratique en participant au développement des technologies, mais à partir du moment où l’Etat s’implique, les initiatives à la base dites « citoyennes » perdent de leur saveur ! Certes, l’appareil d’Etat doit prendre en compte les initiatives, les encourager, mais pas les créer.

 


La relation entre le citoyen, le politique, les institutions, c’est une relation de confiance. Une relation de proximité. Bien sûr, il faut se parler, échanger et s’interpeller grâce à la technologie. Mais il ne faut jamais oublier que nous sommes des êtres humains, sociaux, et que nous avons besoin de nous voir, nous toucher, nous regarder, d’échanger ensemble. Rien ne pourra jamais se substituer à un regard qui vous dit merci.

 

Utilisez-vous un logiciel de stratégie électorale pour gérer vos relations avec les militants et les électeurs ?

Non je n’utilise aucun logiciel de stratégie électorale pour gérer les relations, ni avec les militants ni avec les électeurs. Le message que j’ai à faire passer ne change pas selon les quartiers où je me déplace, selon le temps qu’il fait à Quimper ou la température de l’eau à Narbonne. À partir de ce point, il m’est incompréhensible de vouloir cibler des zones et en exclure d’autres, car ce n’est pas ma conception de la politique, ni de la République. Je fais donc campagne partout, et la même campagne partout.

Ainsi, je suis régulièrement en contact avec les cadres de mon mouvement, mes équipes me font remonter les informations de terrain, les inquiétudes, les encouragements.

 

"Sans dénigrer les CivicTech, ce peuple Français n’est pas forcément sur la toile" Civic Tech interview Nicolas Dupont Aignan

Mon seul logiciel de stratégie est donc compris dans le cœur de mon projet politique : c’est le respect du peuple Français. Et sans dénigrer les « CivicTech », ce peuple Français n’est pas forcément sur la toile.

 

Les Civic Tech sont-elles selon vous un terme « gadget » ?

Je ne pense pas que les « Civic Tech » soient un gadget qui donne du sens aux consultations publiques. Elles sont plutôt selon moi un complément qui permet de lier deux mondes : le monde ultra-connecté des nouvelles générations nées avec un clavier dans les mains, et la France qui ne connaît pas, à cause des zones blanches, d’un manque de moyens ou d’intérêt, les possibilités qu’offre internet.

 

"Les Civic Tech font le lien entre le monde ultra-connecté des nouvelles générations nées avec un clavier dans les mains, et la France qui ne connaît pas les possibilités qu’offre internet" Nicolas Dupont Aignan Civic Tech CivicTech

S’il faut donc des consultations publiques, oui, elles peuvent avoir lieu sur la toile, mais en parallèle sur le terrain. Il faut que chaque personne puisse avoir le lien qu’elle estime nécessaire à son épanouissement démocratique.

 

Avez-vous utilisé les Civic Tech pour une forme de co-création de programme ou votre programme prévoit il le développement des technologies dites civiques en France ?

Mon programme est né de milliers d’échanges et de rencontres, dans toutes les régions de France. Nous n’avons pas utilisé les « Civic Tech » pour le créer, même si nous avons pris en compte beaucoup de remarques que des citoyens nous avaient fait parvenir. Notre programme ne traite pas directement des « Civic Tech » mais directement des nouvelles technologies.

Toutefois, les initiatives citoyennes seront toujours encouragées, car qu’elles soient physiques ou technologiques, elles sont l’essence même de la démocratie.

 

« Les Civic Tech permettent à tous de pouvoir s’engager dans la vie du pays. Et ça, c’est le plus beau service qu’elles puissent nous rendre ! » Nicolas Dupont Aignan

In fine, les « Civic Tech » sont finalement un nouveau mode d’expression qui a la chance de permettre à tous de pouvoir s’engager dans la vie de son pays. Et ça, c’est le plus beau service qu’elles puissent nous rendre !

 


Ils font la Civic Tech

Présidentielle 2017 : et si les affiches des candidats devenaient des médias avec Extrapol ?

6 avril 2017 • By

 

J’ai découvert ce matin Extrapol, une application qui va « hacker » les affiches officielles de campagne pour les transformer en médias et informer autrement sur les candidats et les élections.

présidentielle présidentielles ExtraPol affiches civictech civic tech

Comment fonctionne ce nouveau média indépendant ?

Téléchargez l’application, trouvez les affiches officielles des candidats (devant les mairies, les écoles…), et visez celle du candidat qui vous intéresse.

Une information originale apparaît sur votre écran en data, en vidéos, en infographies… Des chiffres originaux sur les candidats, leur vie politique réelle, leur double vie virtuelle, leur passé familial, leur exposition médiatique ou leur famille politique. Et ceci, chaque jour entre le 10 avril, début officiel de la campagne, et le 7 mai, second tour du scrutin.

De nouveaux usages et de nouvelles formes de narrations à découvrir ici.

 


Présidentielles 2017

Présidentielles 2017 : Benoît Hamon et les CivicTech

27 mars 2017 • By

A quelques semaines des élections présidentielles, CivicTechno a interrogé les candidats sur leur vision des CivicTech aujourd’hui en France, leur rôle dans la campagne et la place de la tech citoyenne dans leur programme. Premier épisode avec Benoît Hamon.

CivicTechno.fr est un site apolitique dédié aux technologies civiques, l’ensemble des 11 femmes et hommes politiques prétendant à la fonction suprême de l’État ont reçu le même questionnaire et leurs réponses sont diffusées ici sans filtre ou sélection partisane. 

Benoit Hamon Civic Tech CivicTech

Avez-vous le sentiment que la technologie est bien utilisée aujourd’hui dans la relation avec les citoyens ?

Le numérique change la donne, y compris en politique car il ouvre des possibilités de participation plus grandes. Nous devons nous en saisir pour faire en sorte qu’il contribue à améliorer la relation entre les citoyens et les élus. C’est un outil formidable pour renouer le dialogue dont on a tant besoin à l’heure où notre démocratie va mal. C’est un atout pour créer une société plus collaborative, c’est pour cela que je propose aux français de contribuer à l’écriture de mon programme présidentiel sur : conseilcitoyenhamon2017.fr.

Hamon programme collaboratif civic tech civictech
De bonnes pratiques émergent, des expérimentations positives proposent une nouvelle pratique de la démocratie, portées par des personnalités politiques ou des collectivités locales ou par la société civile comme pour République numérique ou le budget participatif de Paris. La société sait se saisir du numérique pour interpeller le politique sur des sujets importants, le vrai problème à l’heure actuelle est que les institutions ne sont pas toujours conçues pour prendre en compte ces contributions citoyennes : c’est pour cela que je propose le 49.3 citoyen par exemple. Nous devons aussi aider ceux pour qui c’est moins évident de se saisir de l’outil numérique, en soutenant par exemple des associations qui accompagnent les citoyens dans cette démarche. Le numérique doit aussi être un outil de démocratisation de la participation.

Pensez-vous que l’Etat peut être moteur du changement et du renouveau démocratique en participant activement au développement des technologies civiques ?

Bien sûr, l’État a un rôle à jouer pour favoriser l’émergence de ces technologies. Pour autant, est-ce qu’il doit développer lui-même les technologies qui permettent d’améliorer la relation entre les citoyens et les élus ? Je dirais que cela dépend des usages. Certains outils Civic Tech sont plus pertinents s’ils sont développés par des associations ou des startups, ceux qui servent à interpeller les pouvoirs publics par exemple. D’autres outils, comme le site du budget participatif de la ville de Paris peuvent être développés en interne et s’adapter ainsi aux fonctionnements de l’Administration. Lors du Sommet du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert, qui s’est tenu à Paris en décembre dernier, la France a proposé une boîte à outils qui recense et facilite l’accès à des outils de participation, développés par des associations, des entreprises ou des pouvoirs publics dans le monde entier. Cela me paraît être une bonne démarche. Il faut aussi réfléchir à un modèle économique qui permette le développement de la Civic Tech.

Role de l'Etat CivicTech Civic Tech Benoit Hamon Presidentielles

Les Civic Tech sont-elles selon vous un terme « gadget » pour donner du sens aux consultations publiques ?

Les Civic Tech sont des outils numériques dont l’objectif est d’améliorer la démocratie, tant la participation des citoyens aux décisions publiques que l’engagement civique. Ce ne sont pas des gadgets. Par ailleurs ils doivent être utilisés avec sincérité par les élus. Si ce n’est pas le cas, je pense que les citoyens s’en rendent compte.
Il ne fait pas de doute que notre système démocratique n’est pas optimal, les citoyens n’ont pas suffisamment la possibilité de faire entendre leur voix lorsque des décisions publiques sont prises. En revanche, ce serait une erreur de réduire les Civic Tech à la consultation publique en ligne, il existe toute une palette d’outils dont les politiques et les administrations doivent se saisir pour améliorer la qualité et la pertinence de leurs décisions. Les Civic Tech peuvent améliorer la transparence de l’action publique, favoriser l’interpellation des décideurs, comparer les programmes politiques ou faciliter l’engagement bénévole. Ce qui est intéressant aussi c’est quand ils permettent de faire émerger des propositions des citoyens directement et non pas seulement prendre des avis sur des propositions des élus. Les Civic Tech s’ajoutent aux dispositifs de participation classiques, ils ne les remplacent pas. Comme je l’ai indiqué nous devons avoir une attention particulière pour certains publics moins familiers avec le numérique, pour les aider à s’en saisir. Cela peut passer par le biais d’associations qui accompagnent les habitants avec le soutien financier de l’État.

 

Avez-vous utilisé les Civic Tech pour une forme de co-création de programme ou votre programme prévoit il le développement des technologies dites civiques en France ?

plateforme expression hamon 2017 civic tech civictech

Je propose une plateforme numérique sur laquelle les français ont fait des propositions sur de nombreux sujets. Elles seront examinées par un Conseil citoyen paritaire constitué de 40 personnes qui ont été tirées au sort parmi des volontaires. C’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle propose ce type de démarche. C’est à l’image de ce que je souhaite faire si je suis élu Président de la République : créer les conditions d’un lien plus régulier entre les élus et les citoyens pour co-élaborer des politiques publiques. Je propose également la plateforme Expressions, ouverte à toutes les initiatives de la société civile, elle est alimentée par des textes, des vidéos, des photos, des films d’animation et des infographies pour éclairer les expérimentations et projets qui construisent aujourd’hui le monde de demain. Je souhaite m’appuyer sur les outils développés par les Civic Tech et aider au développement de nouvelles applications. C’est pourquoi j’évoquais la question du développement d’un modèle économique qui leur permette de se développer. Je m’appuierai par exemple sur les outils de la Civic Tech qui permettent la co-élaboration des lois et de politiques concrètes, mais aussi pour des Conférences citoyennes sur des sujets importants et pour les e-pétitions.


Contributions

#Inventons2017 : « Les civic tech doivent s’associer aux Écoles pour réinventer la démocratie »

6 mars 2017 • By

Diffuser l’usage des civic tech

Nous sommes convaincus que le potentiel des civic tech réside moins dans la technicité des outils que dans les usages qui en sont faits. Si nous voulons qu’elles soient au service des citoyens, et notamment des jeunes, il faut mettre en place les conditions pour qu’eux-mêmes s’en emparent. En évitant toute approche top-down, il s’agit de familiariser les moins de 30 ans à ces outils et de les encourager à s’auto-organiser. Le cadre scolaire constitue le lieu idéal pour penser cet apprentissage.

#Inventons2017

Former les étudiants aux outils collaboratifs

Les étudiants devraient avoir l’occasion de s’approprier les outils et les méthodes de la civic tech pour en faire un usage aussi naturel que les moteurs de recherche ou les encyclopédies collaboratives. Au travers d’expériences de formation dédiées à la maîtrise de ces outils, les étudiants apprendront à :

  • Collaborer non seulement avec leurs pairs, mais également avec des citoyens hors les murs. Nous pensons que tout citoyen doit savoir mobiliser les intelligences au-delà de ses cercles sociaux habituels.
  • Confronter de manière critique les savoirs acquis dans leur scolarité. Le dialogue avec autrui est un réflexe indispensable pour penser hors des cadres établis et proposer des solutions innovantes.
  • Se constituer en collectif autonome et citoyen afin non seulement de concevoir des idées mais de les faire valoir face aux élus. Le lobbying citoyen est une condition essentielle du renouveau de la vie démocratique.

 

Convaincre l’institution scolaire

Voilà pourquoi il faut convaincre les établissements scolaires, du primaire au supérieur, de développer des méthodes d’enseignement alternatives autour de ces outils. À nous, promoteurs de ces technologies citoyennes, d’aller porter le message à ces institutions et de les soutenir dans leur effort d’innovation.

 

Le programme #Inventons2017

Travailler collaborativement à l’élaboration de projets de réformes politiques innovants

Make.org, Sciences Po, Les Echos Start, LCI, Bluenove et Facebook se sont associés pour créer un laboratoire démocratique au cœur d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche. Ce partenariat constitue à lui seul un parcours optionnel du master Ecole Affaires Publiques et ayant valeur de stage. L’objectif du programme #Inventons2017 est d’apprendre aux étudiants à penser l’inclusion des citoyens dans la conception des politiques publiques. Les étudiants sont chargés d’organiser une consultation citoyenne des jeunes de moins de 30 ans et de concevoir avec eux 5 projets de réforme qui seront débattus par les candidats à la Présidentielle de 2017 le 25 mars prochain.

Déroulement de l’initiative #Inventons2017

Entre novembre et décembre, les étudiants accompagnés par Make.org et ses partenaires ont recueilli plus de 4000 propositions de jeunes de moins de 30 ans, soutenues par plus de 360 000 votants, sur 5 grands thèmes de politique publique. Une fois la consultation achevée, 30 étudiants de l’École Affaires Publiques de Sciences Po se sont portés volontaires pour les transformer en projets de réforme concrets en collaboration avec les citoyens participants et des experts.

Cinq propositions plébiscitées par les jeunes de moins de 30 ans ont été retenues :

  • Créer une institution citoyenne de contrôle et de participation de la vie politique
  • Introduire un revenu minimum universel
  • Établir un service citoyen obligatoire
  • Repenser l’orientation professionnelle à l’école
  • Lutter contre l’obsolescence programmée

En ce moment même, des centaines de jeunes participants collaborent activement avec les étudiants sur la plateforme Assembl afin de transformer ces propositions en véritables projets de réforme. Une fois constitués, ces programmes d’action politique feront l’objet d’un débat entre les étudiants et les candidats à la Présidentielle lors d’un événement retransmis en direct sur LCI le 25 mars prochain.

 

Signataires de la tribune : Axel DAUCHEZ, Alicia COMBAZ, Nicolas VIGNOLLES, Samuel BERNARD, Amina-Mathilde N’DIAYE, Bénédicte PONS, Laetitia BLANCHE, Jean RABALLAND, Amine ZAGHDOUDI, Clémence LOPEZ, Esther VALENČIČ, Colin SALMON-LEGAGNEUR, Arjun CHATTERJEE, Sylvain ARRAMBOURG, Vincent BARET, Charley PESTOURY

 

À propos de Make.org

Make.org est une plateforme de lobbying citoyen. Elle donne à chacun le moyen d’émettre et partager des solutions afin de répondre aux enjeux de politique locale, nationale et européenne. Make.org accompagne les citoyens dans des actions de lobbying ciblées afin de pousser les élus à prendre position et à concrétiser les solutions qui leur sont présentées.

 

 


Ils font la Civic Tech

Ils font la CivicTech : qui sont les 50 premiers inscrits de l’annuaire CivicThèque ?

14 janvier 2017 • By

En lançant ce blog il y a un an, j’avais également la volonté de recenser « ceux qui font » la CivicTech par le biais d’un simple annuaire collaboratif.

civictheque civic tech civictech annuaire

 

Aujourd’hui, 50 acteurs de cet écosystème ont fait le choix de rejoindre la CivicThèque.

 

Merci à :

Civocracy, CommunecterFluicityMade in vote, Citizen Lab, Nova Ideo, Mon avis citoyen, Oui Ville, Territoire citoyen, Bouge ma ville, My open city, NeoCity, VoxMapp, Vooter qui proposent des plateformes pour réinventer la démocratie locale et permettre d’impliquer d’avantage le citoyen.

Change.org, numéro 1 mondial des pétitions en ligne qui a transformé le citoyen en partenaire social et l’a invité à la table des négociations.

Inseme qui veut permettre la participation de tous aux assemblées télédiffusées.

La civic start up, The Good Lobby qui a pour ambition de démocratiser le lobbying en permettant à des académiques, des professionnels et à leurs employeurs d’offrir gratuitement leurs services aux ONG travaillant pour d’importantes causes sociales et/ou sociétales.

Collecticity, une plateforme de financement participatif pour les projets publics. Elle permet aux particuliers d’investir dans des projets d’intérêt général proposés par des collectivités territoriales.

Baztille qui à l’instar de MaVoix veut faire élire des citoyens qui appliquent les décisions des membres du collectif.

Quorum, une application web et mobile destinée aux équipes de campagnes, ONG, associations, mouvements citoyens et aux créateurs de changement.

QualiScore qui propose de fournir des données transparentes pour valoriser les atouts des communes.

CitizenLab qui propose une alternative qui prend comme point de départ une relation nouvelle entre l’Etat et la société civile.

Voxe et son comparateur de programmes politiques, Vérité Politique qui évalue le degré d’honnêteté des élus et des partis politiques et Parlement et citoyens qui permet aux citoyens de co-construire les lois avec les élus.

LeDrenche, un média qui donne les clefs aux internautes pour se forger une opinion et AgoraLabTV qui propose de créer des débats TV interactifs avec les citoyens.

50 acteurs civic tech civictech annuaire civictheque

AssemblCap Collectif, des solutions d’intelligence collective et de nouvelles plateformes de participation citoyenne à grande échelle. Demok, plateforme (application et site web) recensant tous les projets et propositions de lois à l’étude en France.

DigitaleBox et Nation Builder, qui proposent un logiciel de gestion des relations avec les électeurs et de stratégie électorale.

DemocracyOS, une plateforme open source : libre, gratuite, indépendante. Son but est de favoriser la participation de tous à la fabrique de décisions politiques, à l’heure où internet a changé presque tous les aspects de notre vie quotidienne.

Belem et son système de vote «blockchain», c’est-à-dire sécurisé, transparent et efficace pour Nous Citoyens.

Directement inspirée des plateformes de streaming de jeux vidéo, Accropolis s’adresse à un large public de citoyennes et de citoyens qui ont soif de compréhension des enjeux publics et veulent se réapproprier leur démocratie.

Engage, Citizen Clan, qui facilitent l’implication, la mobilisation, l’action collective via les technologies et les Bricodeurs qui éduquent aux Civic Tech.

Demodyne, une plateforme de gouvernance citoyenne directe, au niveau local et national

Questionnez vos élus : qui propose aux citoyens de poser publiquement des questions à leurs élus, à ces derniers d’expliquer leur action et d’afficher leur volonté de rendre des comptes à leurs électeurs.

InCity et son service de surveillance par les citoyens de l’espace public en vue de son amélioration et Democras, un réseau social citoyen.

Le projet ContentCheck qui regroupe des partenaires académiques et une équipe de journalistes du journal Le Monde dans le but de développer une manière d’automatiser le fact-checking pour contextualiser et enrichir factuellement le débat politique.

UFO, qui veut accélérer l’avènement des Villes Contributives

Loomio qui propose un outil de prise de décisions collectives.

Babele, une plateforme collaborative de création de projets sociaux.

Livedem, un outil collaboratif permettant l’expression populaire, le débat public non partisan et le relais auprès des élus.

PolitizR qui rebat les cartes en créant un espace numérique où les élu(e)s débattent des propositioons citoyennes.

Stig, mon e-parti qui ont pour ambition d’offrir une vision de l’opinion et de la volonté citoyenne.


Réflexions

Les Civic Tech survivront-elles aux élections présidentielles de 2017 ?

22 décembre 2016 • By

Ce post est le dernier d’une série de 4 billets dédiés aux impasses de la CivicTech. Cette fois, les acteurs de la Civic Tech partagent leurs visions sur l’avenir de cet écosystème : survivra-t’il aux élections présidentielles de 2017.

La Civic Tech survivra t'elle aux élections présidentielles de 2017

Clara Boudehen – Chargée de mission au cabinet d’Axelle Lemaire

J’espère bien que les Civic Tech survivront à l’élection de 2017 et qu’elles ne sont pas dépendantes du gouvernement actuel. La présidentielle de 2017 est l’occasion pour beaucoup d’entre-elles de se développer et de prouver leur pertinence par des actions concrètes. Par exemple, ‪Voxe.org mène le projet Hello2017 pour informer les citoyens tout au long de l’année, ‪Change.org à lancé Changez 2017 qui propose aux citoyens de faire remonter leurs idées pour la présidentielle. 2017 n’est qu’une échéance mais le mouvement est lancé pour que participation ne se résume plus seulement à l’élection.

Les présidentielles de 2017 ne sont qu'une échéance pour les CivicTech

L’un des défis pour la survie des Civic Tech est son financement. Quelques unes ont déjà trouvé leur modèle économique, mais ce n’est pas le cas de toutes. Pour garantir leur indépendance politique et financière, ces initiatives n’ont pas intérêt à vivre uniquement grâce aux subventions publiques. Aux Etats-Unis, l’écosystème Civic Tech est très développé grâce au investissements de grandes entreprises et à la philanthropie, ce qui est moins commun en France. Axelle Lemaire a choisi de marrainer le projet d’incubateur Civic Tech porté par Démocratie Ouverte et financé par des acteurs privés et para-publics, dans l’optique d’accompagner l’émergence des futures innovations démocratiques et ainsi pérenniser cet écosystème.

Selon moi, les Civic tech survivront à l’échéance présidentielle car leur champ d’application le plus naturel est la démocratie locale en France. De nombreux élus locaux se sont engagés à instaurer un nouveau rapport avec les citoyens, en mettant en plaça des budgets participatifs, des consultations sur les projets d’aménagement ou sur l’avenir de leur ville.

 

Jérôme Richez – Liberté Living Lab

Les civic tech assureront-elles la distraction de la présidentielle ? L’appétence actuelle peut le faire craindre. Pour autant, cette présidentielle et les législatives dans la foulée seront peut-être les dernières élections sans véritable rapport de force citoyen. Ce qui est pointé du doigt aujourd’hui, c’est à la fois un fonctionnement politique et médiatique.

Avec les civic tech, les citoyens deviennent non seulement porteurs de solution, ils se transforment collectivement en « médias », une des composantes essentielles à la démocratie : vérification des informations, attachement pour le fond, capacité à imposer des sujets, à faire émerger des voies progressistes, à faire dialoguer… Ces « citoyens-médias » devraient être actifs dès 2017. Quelle sera la prise de conscience collective ?

 

Valentin Chaput – DemocracyOS

Oui car beaucoup de projets civic-tech ne cherchent pas à entrer dans le jeu électoral qui obnubile le pays pendant un an, mais cherchent au contraire à accompagner la transition vers une société où toutes les décisions sont prises de manière plus collective et plus horizontale.

Florent Guignard – Le Drenche

Cela dépend de la nature de l’initiative. Je n’ai aucun doute que des initiatives comme Parlement et Citoyens, Voxe.org (présent dans 17 pays), Fluicity, Le Drenche ou d’autres survivront à 2017, car soit elles existent depuis plusieurs années ou dans plusieurs pays, soit elles ne sont pas liées à 2017.
En revanche, une partie des initiatives disparaîtra après les élections ; les primaires citoyennes, ou plus généralement toutes celles montées cette année dans le but d’influer l’élection présidentielle auront beaucoup de difficultés à se réinventer une fois cette échéance passée… mais une partie d’entre elles renaîtront 5 ans plus tard, car il y a peu de chances que les choses aient fondamentalement changé d’ici là. C’est une forme de darwinisme des initiatives qui n’est pas forcément malsaine ; à la fin, seules les initiatives qui répondent à un besoin de fond survivront, sous une forme ou sous une autre, et c’est la société qui en sortira gagnante.

 

Vincent Moncenis – DigitaleBox

L’industrie des CivicTech n’est pas née avec la présidentielle française de 2017, cette échéance contribue d’ailleurs à la notoriété et à l’adoption des civictech sans lui nuire, donc elles survivront aux élections présidentielles 2017.

Si certaines CivicTech voient la fin des élections présidentielles comme une date butoir ou la fin de leur projet, c’est qu’elles ont structurellement un problème, une absence de business model, une carence dans leur offre produit ou de service.

C’est le point faible de la scène CivicTech française jusqu’à présent, trop de structures n’ont pas encore passé le cap économique. Structuré en association, parfois dépourvu de business model, avec parfois une approche purement militante les plaçant sur une audience limitée, ces projets peuvent être rattrapés par la réalité une fois l’élection terminé.

Sans raison d’être, sans valeur ajoutée pour l’utilisateur une fois l’élection passé, il y a un vrai risque pour ces projets de disparaitre, c’est dramatique pour eux mêmes, mais c’est aussi dommageable pour la CivicTech toute entière. L’énergie nécessaire, la réalisation du projet, les financements engagés, le temps investit ne doivent pas être perdus ! Cela revient à revenir à l’an 0 pour toutes les parties prenantes du projet et cela ralentit la CivicTech française.

Tous les projets CIvicTech se doivent réfléchir à leur business model et leur pérennité, se structurer en entreprise, intégrer une vision entrepreneuriale et industrielle pour investir des bénéfices dans la recherche et développement pour continuer à developper les meilleurs produits au meilleur prix.

La santé et les performances de cet écosystème en dépendent en France. Nous ne sommes pas seuls, la scène CivicTech est globale. Si nous souhaitons exister, nous devons nous battre à armes égales avec nos concurrents étrangers. Ils sont nombreux, très avancés, très bien structurés et très bien financés, adossés à des fonds d’investissements.

Une fois ce constat fait, aidons nous les uns les autres et avançons.

 

Thomas Champion – Politizr

Difficile de répondre sans faire de civictech fiction… Les mouvements citoyens type “Nuit Debout” risquent d’être réactivés en cas de victoire de l’extrême droite. Certaines startups ou entreprises civictech fortement marquées à gauche et dépendantes d’un financement gouvernemental risquent de disparaître si elles ne pivotent pas. Et en dehors des résultats électoraux : quel avenir pour des initiatives comme laprimaire.org qui par définition devraient disparaitre après les élections ? Une transformation en “parti” politique pour les prochaines échéances électorales peut-être ? Un peu comme Ma Voix ?

Fin de la Civic Tech de gauche ?

En ce qui concerne Politizr, les élections prochaines sont un excellent moyen de faire la promotion de la plateforme mais ne sont en aucun cas une fin en soit. Nous poursuivrons notre développement après les élections présidentielles et législatives.

 

Julie de Pimodan – Fluicity

Une civic tech ne pourra avoir un réel poids que si elle est capable de reproduire le rapport de force qui existe entre les élus et les citoyens. Répondre à une commande publique est donc un non sens, puisque cela revient à créer un outil qui représente le gouvernement et non les citoyens.

 

Maxime Barbier – Bluenove / Assembl

On peut imaginer un éventuel rapprochement de certaines solutions complémentaires. Ira-t-on vers une convergence des acteurs ? En tout cas, je pense que des coopérations sont à monter entre les différents acteurs pour adresser globalement des problématiques.
Je pense aussi que de nouvelles technologies civiques sont à inventer post élection, notamment dans le suivi de programmes, dans la co-définition de nouveaux dispositifs publics, dans la mobilisation collective dans la mise en œuvre d’actions locales, dans la co-évaluation des politiques publiques…


Réflexions

Gouvernement pas si ouvert et open data non intelligible : et si la Civic Tech était vouée à l’échec ? 3/4

20 décembre 2016 • By

Ce post est le troisième d’une série de 4 billets dédiés aux impasses de la CivicTech. Cette fois nous aborderons les problématiques de démocratisation et d’utilisation de l’open data ainsi que le rôle d’un gouvernement ouvert. J’ai proposé aux acteurs de l’écosystème Civic Tech  de partager leurs visions sur les 4 grands freins qui, selon moi, entravent le développement en France des technologies civiques.

Impasses de la civic tech civictech 3/4

La France a pris cette année la présidence de l’OGP : c’est quoi un gouvernement ou une administration ouverte ? Quel est l’apport concret de l’open data pour les citoyens, comment s’en servent aujourd’hui les institutions, les politiques, les usagers, les publics et que pourraient apporter les technologies civiques à ce niveau ?

Clara Boudehen – Chargée de mission au Cabinet d’Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat au Numérique

La France a pris la présidence du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert en septembre dernier pour une période d’un an. Il a pour vocation d’améliorer la qualité démocratique des pays partenaires, grâce à plus de transparence de l’action publique, de participation citoyenne et de capacité d’agir des citoyens. Ce qu’on appelle ouverture c’est cette capacité d’agir des citoyens et d’avoir un impact, dans un contexte politique et public donné (gouvernement ou administration). C’est un objectif vers lequel on tend, la France a déjà développé beaucoup d’actions dans ce sens – notamment en termes de transparence, d’ouverture des données et d’implication des citoyens aux différentes échelles de l’action publique – et il reste beaucoup à accomplir.

L’émergence des Civic Tech est conjointe à celle du gouvernement ouvert. Elles partagent cette volonté de transparence, de participation et de développement du pouvoir d’agir. Souvent elles sont les outils du gouvernement ouvert, même si c’est aux administrations de rendre transparentes leurs actions, d’ouvrir leurs données et de mettre en place des consultations de leurs administré

Comment rendre l’ouverture des données intelligible pour tous ? Les données prennent une part de plus en plus importante dans notre vie et la maîtrise que l’on a sur nos données personnelles va être un enjeu majeur dans les années à venir. L’objectif n’est pas que tout le monde sache comment ouvrir les données, ou même les analyser, mais que chacun puisse en maîtriser l’usage. On ne sait pas tous comment construire une voiture ni comment la réparer mais notre but est que l’on sache tous l’utiliser et la maîtriser.

 

Nicolas Patte – Cap Collectif

La Démocratie Ouverte est une évolution naturelle de la démocratie représentative. En démocratie ouverte, le citoyen n’est pas seulement un électeur occasionnel. Il participe activement, s’il le souhaite, à la bonne marche de la société dans toutes ses composantes : fabrication de la loi, organisation territoriale, budgets, amélioration des politiques publiques ; ceci dans un esprit de grande transparence, de co-décision et de co-construction. L’OGP, partenariat que la France préside cette année, est une association de pays souhaitant marcher dans cette direction et s’échanger de bonnes pratiques sur le sujet.

L’Open Data L’ouverture des données est simplement une composante de ce grand plan : c’est la mise à disposition systématique et publique de toutes les données de l’État (moins les données hypersensibles). Le premier bénéficiaire de cette ouverture des données est l’État lui-même, qui améliore l’efficacité de ses prises de décisions à l’aune des données (rendues) disponibles. Le traitement des données ainsi libérées est ouvert à tous : tant à l’administration qu’à la recherche, tant à entrepreneuriat qu’aux simples citoyens. Là encore, l’idée est d’utiliser l’intelligence collective à des fins d’efficacité profitant à tous, c’est la création à grande échelle d’un bien commun numérique. Ce qui, au passage, philosophiquement, permet aussi de renouveler une culture commune et locale, terrain laissé un peu en friche par le fantasme de mondialisation des idées. Et sans nulle doute que la culture est un enjeu puissant des prochaines années pour l’open data.

Les exemples d’ouverture de données sont innombrables. Pour simplifier, on peut discerner deux types de réutilisation accessible des données ouvertes dans notre quotidien : “l’information vigilante” et le “couteau suisse”.

Parmi les informateurs vigilants, nous aimons bien, globalement, ce que produit l’association Regards Citoyens, dont on connaît le travail remarquable sur l’activité des parlementaires, et qui, également, a publié Lumière sur Sunshine, une série de visualisations graphiques chiffrées sur l’activité des laboratoires pharmaceutiques. Les médias, aussi, réutilisent des données ouvertes pour mettre en forme de manière épurée et intelligible des tableaux chiffrés très (trop ?) complexes : c’est ce qu’a fait Le Monde récemment, par exemple, avec leur enquête sur l’augmentation inquiétante du cancer pour certaines tranches d’âge.

Parmi les couteaux suisses, on remarque évidemment la multiplication d’applications “utiles à tous” sur les cendres des tentatives (ou des non-tentatives) institutionnelles de partager l’information publique. Si l’application officielle Vélib fonctionne correctement aujourd’hui, c’est parce qu’elle a été mise à l’épreuve au départ par une application non-officielle basée sur les données ouvertes du service. La plateforme TrainLine (anciennement Captain Train) a connu un succès fulgurant en proposant un service d’achat de billet de train plus abouti que la SNCF avec des données ouvertes par celle-ci (un peu sous la contrainte, il faut le dire). On peut également évoquer Citymapper dont le modèle repose sur les données ouvertes des transports publics dans les grandes villes du monde. Ces exemples parcellaires issus du monde du transport participent à l’amélioration des services et biens communs accessibles à tous grâce à la réutilisation des données appartenant à tous par l’intelligence collective.

 

Partenariat pour un gouvernement ouvert France civic tech civicitech

 

Florent Guignard – Le Drenche

Je pense que la sensibilisation du public et des administrations à l’open data est un des éléments qui peut restaurer la confiance entre le grand public et les administrations. Savoir que les données sont ouvertes et vérifiable crée de la confiance. Je pense que l’open data doit également s’appliquer au journalisme et aux médias ; la confiance envers les médias est en baisse constante, et le secteur manque cruellement de transparence. Plus les données seront ouvertes, et plus cette relation de confiance pourra se (ré)établir.

 

Thomas Champion – Politizr

On a tendance a considérer que les civictech font parti d’un plus grand « ensemble » qui serait l’openGov. C’est intéressant a l’approche de l’OGP… Ceci dit, de mon point de vue, les projets civictech français concernés par les openGov et reposant sur l’openData sont peu nombreuses. Il me semble que Parlement et Citoyens et Questionnezvoselus utilisent/utilisaient les data poussées par l’assemblée nationale. Politizr exploite de manière marginale les données du Ministère de l’Interieur concernant les résultats des élections. Rien de franchement transcendant…

 

Maxime Barbier – Bluenove / Assembl

Un gouvernement ouvert c’est un gouvernement qui accepte de déléguer une partie de la conception, de la décision et de la délivrance de l’action publique. Ca va bien au-delà d’un effort de transparence dans l’action publique, ou que l’ouverture des données. C’est créer de l’empowerment de la société civile (citoyens, startup, …). L’Etat pourrait d’ailleurs se positionner pour faciliter l’incubation de nouvelles initiatives citoyennes, qu’elles soient de portée technologique ou non. C’est pour moi une nouvelle politique publique à structurer au niveau national et local.


Réflexions

Incapable d’outiller la société civile, et si la Civic Tech était vouée à l’échec ? 2/4

18 décembre 2016 • By

Ce post est le second d’une série de 4 billets dédiés aux impasses de la CivicTech.

J’ai proposé aux acteurs de cet écosystème de partager leurs visions sur les 4 grands freins qui, selon moi, entravent le développement en France des technologies civiques.

Impasses de la civic tech : droit dans le mur ?

Aujourd’hui, nouveau thème abordé : est ce une utopie que de pouvoir outiller et donner du pouvoir à la société civile, impliquer les citoyens dans la vie politique et publique ?

Comment les acteurs de la CivicTech peuvent donner du pouvoir à ces publics pour leur permettre d’apporter des solutions et de peser sur la vie publique ? Peuvent ils être les seuls moteurs du changement et du renouveau démocratique ?

Jérôme Richez – Co-fondateur du Liberté Living Lab

Les civic tech assureront-elles la distraction de la présidentielle ? L’appétence actuelle peut le faire craindre. Pour autant, cette présidentielle et les législatives dans la foulée seront peut-être les dernières élections sans véritable rapport de force citoyen. Ce qui est pointé du doigt aujourd’hui, c’est à la fois un fonctionnement politique et médiatique.

Avec les civic tech, les citoyens deviennent non seulement porteurs de solution, ils se transforment collectivement en « médias », une des composantes essentielles à la démocratie : vérification des informations, attachement pour le fond, capacité à imposer des sujets, à faire émerger des voies progressistes, à faire dialoguer…
Ces « citoyens-médias » devraient être actifs dès 2017. Quelle sera la prise de conscience collective ?

 

Nicolas Patte – Cap Collectif

Il faut pivoter, penser “hors de la boîte”, comprendre que la solution n’est pas de fournir aux citoyens magiciens des outils pour “faire système” à la place du cadre démocratique rouillé. Nous ne voulons pas “outiller le public” : nous voulons “outiller le système”.

Une fois qu’on a pivoté, et qu’on a offert une solution aux pouvoirs publics pour améliorer l’outil, il “suffit” d’apporter la méthodologie qui permet à l’outil de fonctionner efficacement. Imaginez qu’on veuille remplacer tout le parc automobile d’une communauté par des vélos. Supprimer les voitures  et livrer des vélos en laissant tout le monde en plan serait contre-productif : il faut accompagner la démarche, fournir des pièces détachées de rechange, aider à l’organisation du nouveau plan général de circulation et même expliquer le fonctionnement du vélo aux plus jeunes, désormais concernés.

Les outils, seuls, ne servent à rien. Ils ont besoin d’un cadre d’utilisation légitime (le système démocratique et républicain actuel), de volonté politique (faire comprendre au système en quoi consiste la participation citoyenne et les bénéfices attendus à cette participation), de méthodologie (convaincre l’ensemble des parties des avantages du travail collaboratif grâce à une règle du jeu claire et approuvée de tous). Et aussi de bonne foi, d’un esprit positif et éclairé qui pense “réflexions, actions et inclusions” plutôt que “discussions, réactions et exclusions”.

 

Florent Guignard – Le Drenche

Le premier cercle qui commencera à pouvoir influer sur la vie publique et politique sera fait d’initiés ; un public déjà sensibilisé et éduqué, qui agissait déjà avant, et qui verra dans ces outils un moyen d’agir plus efficacement. C’est à la fois un danger et une opportunité, mais c’est inévitable. Tout l’enjeu sera ensuite de dépasser ce premier cercle.

Le reste dépend beaucoup de la nature des initiatives ; certains resteront cantonnés à un rôle de prestataire de l’administration, d’autres ne le seront jamais. Des initiatives comme Le Drenche, Accropolis, ou comme Voxe.org sont par nature destinées au « grand public », et ne dépendent donc pas de la commande publique.

La valeur ajoutée vient de la cohésion de cet écosystème ; plus il y aura de passerelles efficaces entres les outils ou médias grands public et les moyens de consultation, plus institutionnels, et plus le système sera cohérent et efficace.

Le travail réalisé par un groupement comme Démocratie Ouverte est en cela extrêmement bénéfique, et commence à porter ses fruits.

Néanmoins, les civic tech seules ne changeront jamais les choses. Par contre, le secteur grandissant pousse les grands médias, les collectivités et le gouvernement à s’y intéresser et à les inclure ; à terme, l’ensemble de ces acteurs travaillant (plus ou moins efficacement) ensemble peut amener de grands changements.

 

Jérémie Paret – STIG

La civic tech pour réussir a besoin d’améliorer les connaissances des citoyens sur les institutions et leur fonctionnement. Fournir des outils ne suffit pas, il faut former et informer. Il est également nécessaire de créer des passerelles entre le numérique et le physique afin d’impliquer un maximum de citoyens.

 

Thomas Champion – Politizr

Il faut une innovation sociétale reposant sur un modèle économique garantissant la constitution d’un tiers de confiance entre les élu-e-s et les citoyen-ne-s.  Il s’agit bien d’un modèle différent des autres civictech, indépendant du financement des partis, des annonceurs, et des institutions.

Notre système démocratique est aujourd’hui toujours construit autour d’une démocratie représentative invitant les citoyen­-ne­-s à s’exprimer uniquement par le biais de votes sporadiques. Or, l’émergence des initiatives citoyennes comme dernièrement le mouvement “Nuit Debout” démontre que les citoyen­-ne-­s réclament d’autres modes de gouvernances et d’implications citoyennes pour construire une démocratie plus directe et participative.

Politizr est le chaînon manquant qui permet de réduire la tension croissante entre ces deux formes de démocratie, en légitimant le rôle des élu-e-s pour leur permettre de faire valoir leurs idées et leurs actions en toute transparence mais aussi pour permettre aux citoyen-ne-­s de s’exprimer de façon directe et régulière avec eux.

 

Chloé Pahud – Civocracy

Il y a un double travail à mener pour outiller la société civile et apporter des solutions pour qu’elle pèse sur la vie publique : il faut outiller avec les technologies et faire de l’éducation avec des partages d’expérience, des ateliers, …

Les acteurs Civic Tech ne peuvent pas être seuls pour réussir dans cette démarche, c’est tout l’éco-système qui doit se mettre en marche : citoyens, acteurs économiques, politiques, associations, experts.

Seule une approche bottom-up permettra de dépasser le simple stade de la consultation ! L’idée est de mettre ses outils au service de la société civile pour s’en emparer de la même manière que ces outils sont mis á dispositions des pouvoirs publics.

 

Julie de Pimodan – Fluicity

Une civic tech ne pourra avoir un réel poids que si elle est capable de reproduire le rapport de force qui existe entre les élus et les citoyens. Répondre à une commande publique est donc un non sens, puisque cela revient à créer un outil qui représente le gouvernement et non les citoyens.

 

Maxime Barbier – BlueNove / Assembl

Nous sommes dans la phase des early adopter ! Pour moi, l’avenir de la CivicTech repose autant sur la capacité à outiller les citoyens (et aussi les acteurs économiques) pour participer autrement à la décision et à l’action publique, que sur la capacité à outiller et faire monter en compétences les ministères, collectivités et opérateurs pour changer radicalement les façons traditionnelles de concevoir, délivrer et évaluer les politiques publiques. Les acteurs publics et les partis politiques sont pour moi cruciaux dans la rénovation des pratiques démocratiques. La pression ne peut pas venir que de l’extérieur.

Ce qui doit évoluer rapidement, c’est l’accès à la commande publique. Les acteurs de la Civic Tech ne décolleront jamais s’ils doivent se contenter de marchés publics cachés en dessous des seuils de mise en concurrence élargie (-25K€). Des facilités de marché doivent être mises en place. Je salue volontiers l’initiative d’Etalab, avec l’OGP Toolbox et surtout la labellisation de quelques plateformes pour outiller les processus de consultation des ministères.


Réflexions

Et si la Civic Tech était vouée à l’échec ? 1/4

17 décembre 2016 • By

Ce post est le premier d’une série de 4 billets dédiés aux impasses de la Civic Tech.

J’ai proposé aux acteurs de cet écosystème et au cabinet d’un ministère en charge de ces sujets (qui a beaucoup retardé la publication de ce post et n’a finalement jamais répondu), de partager leurs visions sur les 4 grands freins qui, selon moi, entravent le développement en France des technologies civiques.

Impasses Civic Tech : droit dans le mur ? CivicTech 1/4

Premier thème abordé aujourd’hui ==> Quels publics et quels apports de la CivicTech : est- ce un terme « gadget » pour donner du sens aux consultations publiques, comment ces outils peuvent toucher une part représentative de la population ou au contraire sont-ils excluant pour une grande part de la population française ? 

 

Florent Guignard – Le Drenche

Très peu de gens connaissent la Civic tech, c’est un des principaux défis, une poignée sont conscients de l’apport que cela peut représenter.

Néanmoins, une majorité de citoyens partagent les constats de base ; donc la situation peut évoluer assez rapidement. Certains signaux montrent que les choses vont rapidement évoluer ; le début de l’intérêt des médias pour le secteur, l’arrivée de futurs poids lourds (entreprises arrivant avec de grosses mises de départ). Dès que les grands médias auront véritablement intégré une partie de ces outils, une majorité de personnes sera au courant et consciente de ce que cela peut représenter.

Eviter l’exclusion, c’est difficile ; les citoyens déjà exclus du système auront peu de chances d’être ré-intégrer grâce aux civic tech. De fait, si l’on veut corriger ce problème, cela passe par une culture d’inclusion et de participation citoyenne, qui mettra plusieurs années, voire dizaines d’années à avoir des effets.

 

Jérôme Richez – Co-fondateur du Liberté Living Lab

Combien de français sont connectés à internet ? Voilà le « pour qui » des civic tech. Le « pour qui » est plus une question d’infrastructure que de culture.
La question sous-jacente est « par qui » ? Par qui sont créées les civic tech et quelles sont les questions posées en terme de gouvernance, d’indépendance (financière, politique, technologique) et de transparence ? Par qui seront-elles régulées, s’auto-réguleront-elles, leur faudra t-il un contre-pouvoir, un organe de réflexion critique, un « conseil constitutionnel des civic tech » ?
L’autre question sous-jacente est « pour quand » ? Des interfaces utilisateurs grand public ? Des formes hybrides digitales et physiques ? Une relation démocratique en continu inscrite dans la constitution.

 

 

Valentin Chaput – DemocracyOS

Comme toute phase d’innovation, elle part des early adopters qui sont forcément les plus intéressés et les plus connectés, avant de toucher le grand public. Dans le cas des civic-tech il y a en plus un cas particulier : les premiers clients qui doivent investir dans ces projets pour les financer et les crédibiliser – les dirigeants politiques – ne sont pas tous des early adopters naturels, par méconnaissance ou par peur du phénomène. C’est par l’évolution de leurs demandes qu’ils vont permettre de dépasser le stade de la simple consultation (et c’est à nous de faire pression pour qu’ils avancent). Le jour où une décision est réellement prise sur une plateforme civic-tech, les participants affluent – le budget participatif est un bon exemple. Les porteurs de projet civic-tech ont évidemment une responsabilité énorme, d’abord dans la tenue d’un discours plus mature et plus modeste que le déjà ressassé « on uberise la politique » et ensuite dans la création d’outils adaptés à la résolution de problèmes concrets.

 

 

Nicolas Patte – Cap Collectif

Aujourd’hui, on doit dire honnêtement qu’une majorité des Français est sans doute mitigée quant à l’apport supposé exercé par la technologie, en particulier d’internet, sur la vie démocratique. C’est en tout cas ce qui ressort en filigrane d’une étude de 2014 commanditée par la Commission nationale du débat public à TNS Sofres. Ce chiffre, nous avons envie de croire qu’il évolue positivement, puisque depuis 2 ans de très nombreuses initiatives numériques ont vu le jour. Mais cela reste à démontrer.

Dépasser le stade de la consultation n’est pas qu’un voeu pieux, c’est également un objectif assumé. La philosophie de la “CivicTech” ne vient pas de nulle part, elle est largement inspiré par le courant “OpenGov”, qui vise à inventer de nouvelles manières de faire (de) la démocratie en s’appuyant sur les trois grands piliers de ce que nous avons traduit en France par “démocratie ouverte” : plus de transparence, plus de participation (co-décision), plus de collaboration (co-construction). Jusqu’à présent, la culture de la participation s’est largement cantonnée à offrir à la population un formulaire aveugle : remplir une case et cliquer sur le bouton “envoyer”, c’est de la “démocratie participative”.

Évidemment nous ne partageons pas ce point de vue et pensons que la prochaine étape c’est la participation transparente des citoyens à des questions de politique publique, aux budgets locaux, à la fabrication des lois, aux échanges d’arguments des différentes parties, et ainsi de suite.

Après, “toucher l’ensemble de la population” n’est pas un but en soi. On ne peut pas forcer les gens à participer à la vie démocratique. L’exhaustivité est un objectif louable mais elle n’a aucune valeur intrinsèque si elle n’est pas associée à une grande diversité de participants. Or pour toucher un maximum de gens et s’assurer de cette diversité des opinions, il est nécessaire qu’un sentiment global de confiance refasse surface dans la population. C’est-à-dire un engagement très fort du politique dans la tentative de rafraîchissement de la démocratie. Et donc un travail de longue haleine pour convaincre nos décideurs politiques et nos élites que la participation des citoyens aux décisions publiques n’est ni une perte de temps ni une perte d’argent, mais un gain colossal en matière d’intelligence collective. C’est une plus-value extraordinaire qui améliore à terme la productivité de l’Etat, multiplie sa force de travail, augmente la diversité de ses données-sources et remet la confiance dans le “système” au coeur des débats.

 

Thomas Champion – Politizr

Pour le plus grand nombre, sans pour autant tomber dans l’angélisme : nous savons très bien qu’une part de la population n’est ni intéressé par la politique, ni disponible pour s’impliquer, ni « connecté ». L’ambition de Politizr est d’être un relais numérique pour les élus et les citoyens, un moyen de poursuivre des discussions entamées dans le cadre de rencontres physiques que la plateforme permet de rendre accessible à tous.

Impasse

 

Chloé Pahud – Civocracy

Qui est conscient aujourd’hui de l’apport potentiel de la technologie sur la vie publique et démocratique ?

Les élus commencent à s’intéresser à l’apport de la technologie sur la vie publique mais aussi les agents dans les collectivités, pour nous, ils ont été nos meilleurs ambassadeurs.

Nous pouvons dépasser le stade de la simple consultation en étant très clair sur les résultats d’une discussion, mais aussi en intervenant pendant la discussion, en réagissant aux idées, en expliquant ce qui est faisable et pourquoi, en invitant les personnes concernées ou les experts, … ?

Pour toucher l’ensemble de la population ou pour le moins une part représentative de celle-ci, il y a 3 étapes indispensables : bien cibler son audience en lançant une discussion pour savoir à qui on veut parler, lancer une bonne campagne et choisir des sujets appropriés.

Enfin, pour éviter l’exclusion et intégrer l’ensemble des citoyens dans la vie politique et publique, nous devons combiner la technologie et le terrain, en multipliant les efforts et les expérimentations, en étant ouvert sur une approche bottom-up.

 


Jeremie Paret – STIG

Il faut impliquer les élus dans les solutions et ne surtout pas les exclure ; il faut qu’ils soient valorisés pour avoir envie de participer. Il est également nécessaire de concevoir des outils qui soient ultra-simples à utiliser, pas dans ce qu’ils permettent de faire, mais plutôt comment ils permettent de le faire, et beaux. Mettre l’accent sur le mobile est aussi une piste puisque les smartphones sont plus simples d’utilisation que les ordinateurs.

 


Julie de Pimodan – Fluicity

Je pense que l’obsession d’aller toucher l’ensemble des citoyens va à l’encontre du développement rapide des civic tech. La démocratie est une notion vivante, qui doit sans cesse s’expérimenter et évoluer avec les mouvements de notre société. On vit dans un monde hyper fragmenté: un grand nombre de médias touchent un grand nombre d’audiences qui sont sensibles à un grand nombre de sujets. Aujourd’hui les personnes les plus actives en démocratie sont les plus de 55 ans. La civic tech (comme la démocratie) peut difficilement toucher l’ensemble de la population. Aujourd’hui on a besoin de faciliter l’accès à la citoyenneté à la majorité silencieuse et le numérique est le moyen le plus évident pour atteindre cet objectif. Il faut encourager le développement de la civic tech, même avec ses imperfections si on souhaite qu’elle puisse avoir un jour un impact important.

 

Maxime Barbier – BlueNove / Assembl

Aujourd’hui, la Civic tech ne rencontre que des pionniers dans les organisations publiques. Principalement parce qu’elle remet en cause des approches traditionnelles d’élaboration des politiques publiques. La mobilisation citoyenne n’est pas aujourd’hui un réflexe pour les décideurs politiques et acteurs publics.

L’objectif n’est pas d’intégrer l’ensemble des citoyens, mais de faciliter l’engagement de ceux qui veulent s’investir pour apporter leur contribution à la conception et mise en œuvre des politiques publiques. Il s’agit d’activer des communautés éphémères, en fonction des sujets, et de les mobiliser dans des démarches d’intelligence et d’action collective.

Aujourd’hui, il est encore difficile d’aller au-delà des approches de consultation. On arrive à proposer des dispositifs d’aide à la décision (budget participatifs, priorisation collective de projets), mais on ne dispose pas d’outils et de méthodologies pour faciliter le passage à l’action. L’une des résistances est la capacité des collectivités et ministères à expérimenter des idées et projets recommandés par les citoyens.