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Cities for life : la première e-consultation citoyenne mondiale sur les villes inclusives et innovantes

27 septembre 2016 • By

Dans le cadre du Sommet mondial Cities for Life pour des villes inclusives, innovantes et résilientes, prévu à Paris le 21 et 22 novembre 2016, et de la conférence Habitat III des Nations Unies, qui se tiendra à Quito entre le 17 et 20 de la même année, les villes de Paris et Medellin organisent un débat international en ligne sur les villes inclusives, ouvert à tous les citoyens et les parties intéressées.

Eclairage avec Maxime Barbier, en charge de la mise en place de ce débat en ligne avec la solution Assembl.

Cities for life

Paris accueille cette année Cities for life, pouvez-vous nous présenter rapidement ce sommet international ?

Le premier sommet mondial Cities for Life a été créé par la Ville de Medellin en 2015. Pour sa deuxième édition, le sommet mondial est accueilli à l’Hôtel de Ville de Paris les 21 et 22 novembre prochains. Cet événement international porte une grande ambition : celle d’engager les villes et grandes métropoles vers plus d’inclusion sociale, de résilience et d’innovation au service du plus grand nombre.

Pendant deux jours, plus de 500 experts internationaux échangeront et présenteront leurs travaux et des solutions expérimentales au travers de séances de co-création, d’ateliers et d’un village de startups afin de définir dans un esprit coopératif et inclusif la ville du futur.

La réussite de la démarche tiendra à la capacité d’assurer une mobilisation internationale sans précédent des maires du monde entier, des dirigeants locaux, des experts, des ONG et des entreprises dans l’objectif de réinventer la « ville pour tous ». Plus de 500 experts sont attendus à Paris !

Dans quel contexte la ville de Paris et celle de Medellin ont-elles décidé d’organiser un débat international en ligne sur les villes inclusives ? Des rencontres physiques sont-elles envisagées en complément ?

Les villes de Paris et Medellin font partie des villes pionnières en matière de démocratie digitale, d’innovation sociale et de réflexion sur la ville intelligente et durable. La plateforme Assembl développée par bluenove avait d’ailleurs déjà accueilli une première consultation pour opérationnaliser la stratégie « smart city » de la ville de Paris.

Avec le débat Cities for Life, la démarche change de dimension et dépasse la seule organisation d’une conférence internationale.

La consultation a une portée internationale : elle adresse les enjeux de la ville inclusive de l’ensemble des villes du monde, avec leurs similarités et leurs disparités propres.

Elle est massive : la démarche peut supporter les contributions de plusieurs milliers de contributeurs. La méthode et les fonctionnalités d’Assemble sont développées pour analyser et organiser en continu l’information provenant d’un grand nombre de personnes.

Elle est citoyenne : la consultation est ouverte à toute personne intéressée par les enjeux de la ville de demain. Tout l’enjeu du débat est de rendre accessible au plus grand nombre ce sujet de la ville inclusive, pour le définir, le problématiser, le concrétiser.

Elle est pré-mobilisatrice de la communauté : les futurs participants sont amenés à contribuer en amont du sommet et partager leurs travaux, points de vue, expériences…

Elle est pensée, par construction, de manière hybride avec des rencontres physiques. Le pré-lancement de la démarche a été réalisé à Paris, à la mairie du 18ème le 17 septembre dans le cadre du hackathon Open Democracy Now où une dizaine de personnes ont permis d’amorcer la discussion. Les conclusions des ateliers organisés à Quito lors de la conférence Habitat III des Nations Unies, les 17-20 octobre seront retranscrites dans les fils de discussion sur la plateforme. Enfin, les conclusions de débat, sur les différentes thématiques de la ville inclusive, viendront nourrir la préparation et l’animation des ateliers du sommet mondial de novembre.

Au final, cette consultation vient servir les enjeux du sommet mondial.

 

Cette consultation est internationale : comment dépasser la barrière de la langue et tout le monde peut-il vraiment participer ? 

Tout citoyen peut participer au débat. Il suffit de créer un compte utilisateur pour accéder à la plateforme. La discussion s’adresse particulièrement à la société civile, aux associations, aux citoyens, aux étudiants et aux institutions politiques locales.

Ce débat multilingue (plus de 100 langues disponibles en temps réel) permet techniquement un échange à l’échelle internationale. Pendant 2 mois, du 16 septembre jusqu’à mi-novembre, nous attendons une participation des quatre coins du monde !

L’ensemble des contributions sont analysées, thématisées et synthétisées à échéance régulière. Nous accordons d’ailleurs beaucoup d’importance à la vertu de rédiger et publier des synthèses périodiques qui permettent de donner une visibilité à un instant t à tous les participants de l’état de la discussion sur l’ensemble des thématiques.

Plateforme Assembl

Une fois la synthèse des contributions citoyennes réalisée, quels sont les prochaines étapes pour la ville de Paris et celle de Medellin ?  

Les contributions du débat seront synthétisées et présentées pendant le Sommet Cities for Life. Elles permettront d’alimenter un Call For Action citoyen auprès des décideurs publics qui sera lancé lors du Sommet. Les meilleurs contributeurs seront d’ailleurs invités à participer au sommet.

Ce Call For Action, co-construit à plusieurs milliers de personnes, doit être vu comme le pendant citoyen d’une démarche d’experts. Les deux approches ont vocation à se parler. En espérant que l’approche citoyenne influe sur les décisions prises par les leaders mondiaux. Ce serait certainement une première mondiale !

 

Quel regard portez vous sur le développement des Civic Tech et leur apport pour la société à l’horizon 2017 ? Et après ?

Je fais partie de ceux qui pensent que les Civic Tech, dans les technologies qu’elles apportent et les méthodes de participation citoyenne qu’elles inventent, sont un atout pour recréer un lien entre les citoyens et les institutions et favoriser de nouvelles formes de décision collective.

L’approche des Présidentielles en France voit l’éclosion de nombreuses initiatives, parfois difficiles à classer et comparer. Et dont les bénéfices pour les citoyens ne sont pas toujours perceptibles. Elles ont toutes comme dénominateur commun d’apporter « plus et mieux de démocratie ». J’ai des réserves vis-à-vis des démarches anti-système ou ultra-militantes. Je suis favorable à une approche de co-construction avec les acteurs publics, plutôt que de vouloir les outrepasser à tout prix. Je salue d’ailleurs le travail de la mission Etalab qui œuvre pour structurer et fédérer ce mouvement. L’organisation de l’Open Government Partnership (OGP) Summit en décembre 2016 sera un temps fort à ne pas manquer et une révélateur de ce mouvement en marche.

Je crois aussi qu’il y a un terrain d’innovation très important à explorer, au-delà des consultations, sondages, pétitions ou comparaisons de programmes, sur l’aval des démarches participatives, notamment dans l’action collective et citoyenne ou encore dans la co-construction d’actions politiques au quotidien (une fois les élections passées).

Pour revenir au sujet, l’enjeu de l’inclusion sociale est un bon exemple de ce que la Civic Tech peut apporter. Ce sujet est mondial. Il concerne tant les villes du Sud que celles du Nord, de l’Est ou de l’Ouest. En 2050, plus de deux personnes sur trois vivront dans des villes. Nous devons imaginer dès maintenant, de manière collective en mobilisant le grand nombre et une diversité d’acteurs, les solutions à inventer pour accompagner au mieux les populations et influer positivement sur les politiques urbaines (accès aux services essentiels, emploi, formation, vieillissement, changement climatique, énergie, logement, mobilité, éducation, santé, lutte contre la pollution, immigration,…). Les démarches initiées par les institutions ne suffisent plus. Il leur faut leur pendant citoyen. Quoi de plus emblématique que de réfléchir à la ville inclusive à partir d’une démarche inclusive !

 

Pour participer à la consultation : http://citiesforlife-latribune.paris/fr/public-consultation

 

 


Interview

Législatives 2022 et Innovation Démocratique

4 mai 2022 • By

Devenir députée sans parti en emmenant les habitants avec soi

Entretien avec Quitterie de Villepin

Quitterie de Villepin, candidate indépendante, se présente à la députation de la 2ème circonscription de Paris qui comprend les 5ème, 6ème et 7ème arrondissements.

Particularité de son programme : mettre en place un mandat délibératif qui engage les citoyennes et les citoyens de manière continue dans la co-construction de la loi et la prise de décisions les concernant.

Une consultation dont les résultats étaient dévoilés le 17 avril a révélé que 73% des personnes ayant répondu se porteraient volontaires pour participer au travail parlementaire auprès de leur future députée. 

Le projet a comme ligne de mire de contribuer à ce que la France tienne ses engagements en matière de développement durable comme elle y avait souscrit auprès de l’ONU ainsi que lors de l’Accord de Paris en 2015.

Civic Techno : Quitterie de Villepin, vous vous présentez aux Législatives sans parti derrière vous mais non sans expérience civique et politique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai en effet de longues années d’expérience et d’engagement politique, associatif et professionnel sur les questions de justice sociale et environnemental ainsi que sur le sujet des innovations démocratiques.

J’ai aussi pris part à l’expérience #MaVoix en 2017 qui avait pour objectif de hacker l’Assemblée Nationale en faisant élire des électrices et électeurs volontaires et tirés au sort qui s’engageraient à voter vraiment comme leurs électeurs le souhaiteraient. 

Par ailleurs j’ai initié en 2020 le programme Investies qui avait pour ambition de faire émerger une nouvelle génération de femmes politiques bien préparées à affronter les grands enjeux actuels que ce soit en politique ou dans la société. Car curieusement actuellement les femmes en politique ont moins de poids au gouvernement que par le passé, d’autant que la plupart sont issues de la société civile alors que les hommes eux sont pour la plupart passés par des partis.

Et j’ai également été militante au sein de l’UDF/Modem et ai donc une connaissance réelle des pratiques d’un parti traditionnel avec tout ce que cela comporte d’exaltant, de constructif, mais aussi de décourageant par moments. 

Il y a une certaine pudeur en France au sein des ONGs, des mouvements associatifs et même dans l’écosystème de la démocratie délibérative à vouloir s’engager en politique. Il existe une frontière réelle entre les deux mondes et les activistes ne connaissent bien souvent pas les codes du second. Pourtant même s’il est louable d’outiller les responsables, les élus, pour leur permettre d’appréhender un certain nombre de sujets, cela revient bien souvent à ne faire que ce qu’on peut appeler du « démocratie washing », alors autant aller soi-même au-devant des habitants et se confronter à leurs réalités, leurs attentes afin de mettre en pratique sa propre expertise.

C’est cette combinaison d’expériences, de réflexions, couplée à une passion pour les innovations démocratiques qui m’ont conduite au projet actuel, c’est-à-dire à me présenter comme députée non inscrite pour pratiquer une démocratie inclusive à mon niveau en donnant la possibilité aux habitants et habitantes de ma circonscription de prendre part à des agoras délibératives qui puissent accompagner mon travail d’examen, de participation à l’élaboration des lois et à leur vote.

Civic Techno : Comment voyez-vous la politique évoluer ? Faut-il faire le deuil de certains de ses aspects ?

Même si on doit être infiniment reconnaissante à certains partis pour la permanence des idées, pour les avancées sociales qu’ils ont contribué à établir et notamment à l’écologie politique qui nous alerte depuis longtemps, je ne pense pas qu’il y ait d’issue purement partisane. L’éprouvé de nombreux militantes et militants entre les élections n’est pas bon. Dans un parti, on passe son temps à organiser des élections internes dans une mise en concurrence permanente des prétendants, à préparer des échéances électorales sans parfois réfléchir à leur bien fondé. Pendant que l’on s’investit pour le parti, que l’on donne de son temps, de son énergie, que des gens tout à fait câblés travaillent ensemble à produire des rapports basés sur des données de terrain, des collaborateurs plus proches du chef à plumes font exactement le même travail que vous, des « think tanks » sont consultés et leurs idées de modélisation du futur finissent par prendre le dessus. Il y a donc du gâchis de compétences, de créativité, ce qui crée du non-sens et finalement érode la fidélisation des militantes et militants. Comment générer du collectif ainsi ? 

Selon moi, on ne peut plus faire de la politique sans la société civile. D’ailleurs à chaque fois que l’on fait vivre une réalité démocratique différente à une population, cela propage les expériences, que ce soit Saillans dans la Drôme même si elle n’a duré que six ans, les diverses initiatives qui ont essaimé en Argentine, avec Podemos en Espagne ou encore l’utilisation de la plateforme open source Decidim par plusieurs villes et gouvernements locaux à travers le monde.

Ceci dit, il va forcément falloir passer par une période de transition car on a besoin de personnes expérimentées pour faire une transmission de culture. Mais malgré tout, les partis doivent accepter de s’auto-réguler pour faire de la place à d’autres formes de participation. Le Printemps marseillais est un bon exemple où l’on a vu de nombreux citoyennes et citoyens non-encadrés s’allier avec des partis pour gagner la mairie de la ville en 2020.

Il faut reconnaître que les citoyennes et citoyens sont intelligents quand le processus l’est aussi, mais il faut également faire confiance. Si le gouvernement de l’époque avait pensé à consulter les gens avant de décider arbitrairement de faire peser le poids de la taxe carbone en grande partie sur les plus précaires, peut-être que nous n’aurions pas eu de mouvement des Gilets Jaunes ?

Civic Techno : Pouvez-vous nous parler plus en détail de la manière dont vous comptez engager les citoyens si vous êtes élue députée de la 2ème circonscription de Paris ?

Si je suis élue députée de la République française le 19 juin prochain, hors parti, mon idée est d’installer le premier mandat délibératif natif. Il s’agit d’établir un nouveau type de rapport élue/administrés où les citoyennes et citoyens sont acteurs dans la fabrique de la loi. Notre consultation a montré que 80% des personnes ayant répondu considèrent que le lien avec leur député est inexistant. Donc, l’idée c’est d’abord de créer une proximité pour être au plus près des attentes des habitantes et habitants. 

Les personnes sont invitées à venir délibérer des lois pendant les cinq années du mandat, soit entre 2022 et 2027. Mais ce n’est pas tout le monde, tout le temps, cela doit être géré et organisé. 

On compte utiliser une plateforme numérique qui sera purement consultative pour permettre aux 72 000 personnes de plus de 16 ans habitant la circonscription d’apporter leur contribution. 

Le travail de suivi, d’élaboration, d’amendements des lois, lui, se fait avec un plus petit nombre de personnes sous forme d’une agora délibérative ordinaire. Elle est composée de 100 personnes tirées au sort parmi celles qui se seront portées volontaires lors de la consultation et en cours de mandat. Ce groupe se réunit afin de travailler sur le temps long de chaque session parlementaire (de septembre à juillet). Ces 100 personnes sont renouvelées chaque année pour donner l’opportunité à un maximum de profils différents de participer. 12 personnes font elles partie de ce que nous avons appelé le groupe opérationnel ; elles sont rémunérées pour travailler avec moi en présentiel et on se réunit plus fréquemment, un jour par semaine. Ce groupe est renouvelé tous les deux mois. Enfin, nous constituons également un groupe de 6 garant(e)s chargé(e)s de contrôler le travail de la députée et la bonne marche de l’Agora délibérative ordinaire, avec au côté de ces 6 personnes, 3 expert(e)s. Ce groupe-là change une fois par an. Enfin il faut savoir qu’à partir de 1000 demandes provenant des habitantes et habitants – y compris bien sûr parmi celles et ceux qui ne sont pas engagé.es dans le dispositif –  une agora délibérative extraordinaire sera constituée afin de permettre la délibération autour d‘une grande loi. 

Nous avons développé ce concept de mandat avec des étudiants du Master Ingénierie de la Concertation dirigé par Loïc Blondiaux à la Sorbonne, avec Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel et des passionnés de participation citoyenne. Donc nous avons réuni beaucoup d’expertise, et un œil neuf dans la création de ce concept.

Les habitantes et habitants seront invités à faire plusieurs choix qui structureront le mandat, notamment à choisir au jugement majoritaire la commission permanente dans laquelle elles et ils souhaitent que je siège sachant qu’il y en a huit actuellement à l’Assemblée. 

La commission Développement Durable est celle qui ressort en premier dans notre consultation. Affaires Culturelles et Education vient en deuxième position. 

Il s’agira alors pour moi d’aller voir le président de ladite commission et de lui dire « Chère … ou Cher …, sachez qu’il y a 3000 personnes qui veulent me positionner là-dessus, alors je pense que vous n’avez pas trop le choix que de me laisser y siéger ».

Peut-être que les habitantes et habitants souhaiteront que je rejoigne un groupe parlementaire donné ou peut-être pas.

Dans tous les cas, il faut tenir parole. Si je suis élue, la mise en place de l’Agora sera immédiate. La plateforme est prête à être déployée en dix jours, on a les données de contact de celles et ceux intéressés à y prendre part.

On est entre le mandat représentatif et le mandat impératif. La délibération doit permettre d’expliquer pourquoi les votes se font, en connaissance de cause, ce qui permet à tous de monter en compétence. Et de mon côté je dois justifier mon vote au regard de ce que j’ai entendu lors de la délibération, au regard du cadre que je me suis fixé et auquel les citoyennes et citoyens ont adhéré dans la campagne. Cependant, s’il s’agit de représenter et de donner de la place aux personnes investies et vivant dans la circonscription, il ne s’agit pas de voter contre mes propres convictions, il faut donc qu’il y ait eu transparence dès le départ.

Copie d’écran du site https://avecquitterie.fr/

Je me permets de préciser aussi une autre particularité innovante de la campagne c’est notre décision de plafonner les dons destinés à nous financer à 750 euros au lieu des 7500 euros autorisés pour un parti et des 4600 euros pour une campagne, ceci afin que ce projet soit porté par un grand nombre de personnes. Nous nous sommes inspirés pour cela de ce qui s’est fait autour des campagnes de Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez ou Larrie Lesig aux Etats-Unis et également des recommandations de Julia Cagé qui sont toutes et tous dans une démarche visant à ce que le financement de la politique ne dépende pas principalement des entreprises, des lobbies ou encore principalement des gens aisés, lesquels sont aujourd’hui favorisés en France par le régime fiscal. La collecte a été jusqu’à présent un succès et elle nous a notamment permis d’assurer l’envoi de nos documents de campagne dans les boîtes aux lettres des habitantes et habitants de la circonscription et de louer une permanence de campagne depuis maintenant 4 mois.

Nous recevons d’ailleurs des coups de fil d’autres candidats et candidates qui nous demandent comment on fait et on partage volontiers car nous tenons à ce que les initiatives de démocratie participative se multiplient. Nous documentons pour cela tout ce que l’on fait au fur et à mesure pour que ce soit disponible à tous ces visages nouveaux qui nous l’espérons émergeront pour siéger autrement à l’Assemblée.

Civic Techno : Pensez-vous que votre programme réponde aux aspirations des habitants de votre circonscription ?

La première caractéristique de cette circonscription est son capital éducatif et culturel élevé. Le nombre de diplômés, d’étudiantes et étudiants, d’écoles, de facultés, de musées, galeries, lieux de pouvoir au mètre carré est impressionnant. Sans compter les sites emblématiques comme la Tour Eiffel, Saint-Germain plus les commerces, les restaurants qui y attirent des millions de touristes par an. 

Cela parait le lieu idéal pour essayer d’inventer quelque chose de nouveau qui plus est autour des enjeux cruciaux que sont la lutte pour la défense de la planète et contre les inégalités. 

Ces enjeux n’ont pas à faire l’objet d’un programme spécifique de ma part car il existe deux textes très importants de 2015 qui s’ils sont appliqués peuvent permettre de résorber la plupart des défis qui se posent à nous collectivement. Il s’agit des 17 objectifs de développement durable préconisés par l’ONU à mettre en place à l’horizon 2030 et l’Accord de Paris, deux textes que la France s’est engagée à respecter et à prendre en compte dans ses décisions politiques. Donc c’est ce qui nous sert de boussole.

On peut se dire que dans une circonscription à priori classée principalement à droite, ces sujets ne sont pas prioritaires. Mais en fait quand on discute avec les habitantes et habitants, on constate, qu’au niveau individuel, ces préoccupations comptent. Par exemple, un vieux monsieur qui ne vote pas pour les Verts car il ne comprend pas leur langage, leurs codes, va tout de même s’inquiéter pour ses petits-enfants car il se demande sur quelle planète ils vont vivre demain.

D’ailleurs les plus de 1000 réponses à la consultation que nous avons lancée ont clairement positionné ces sujets en tête.

Depuis quelques années, la société s’horizontalise avec Internet, les « nous » d’avant se délitent et les multiples « je » avec toutes leurs singularités ont vocation à se faire entendre. C’est cela l’enjeu de la démocratie délibérative.

Et si l’urgence climatique semble s’imposer pour toutes et tous, il faut prendre en compte les diverses perceptions du problème pour faire les changements nécessaires, et c’est là que le local est intéressant car les avancées concrètes se font par la multiplication de petites initiatives, surtout quand elles ont été expliquées, débattues. 

On ne peut pas imposer par de grands discours, d’autant que la réalité ici et là oblige parfois à reculer après avoir fait des avancées.

Si de nombreuses personnes pensent que cela n’est pas la priorité, c’est aussi que les politiques eux-mêmes n’en font pas leur priorité.

Les objectifs de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030

Copie d’écran du site https://avecquitterie.fr/

Propos recueillis par Amina-Mathilde N’Diaye, consultante en communication politique, spécialisée dans les civic tech et éditrice du média Civic Techno


Interview

« Faire gagner la démocratie », la campagne de plaidoyer de Démocratie Ouverte pour la Présidentielle de 2022

18 mars 2022 • By

Hanieh Hadizadeh est porte-parole et chargée de campagne chez Démocratie Ouverte, un collectif qui fédère des innovateurs démocratiques et qui a notamment contribué à mettre en place « La Convention Citoyenne pour le Climat ». 

Démocratie Ouverte mobilise ses réseaux pour porter la question du renouveau démocratique et  des institutions et souhaite que les candidats à la présidentielle s’engagent à mettre en place une  série de mesures dès les 100 premiers jours du quinquennat.  

Démocratie ouverte lance la campagne “Faire gagner la démocratie”, quel est le point de départ de la démarche ? 

Démocratie Ouverte est une organisation qui regroupe aujourd’hui quelque 1000 membres et existe depuis 10 ans. Parmi nos adhérents, il y a aussi bien des élus et des collectivités avec lesquels on travaille sur les sujets de démocratie directe, des bénévoles, des innovateurs démocratiques, des associations, des civic tech. Nous les mobilisons tous afin de faire du plaidoyer politique, c’est à dire que l’on essaie de pousser nos sujets auprès des élus et cette année en particulier auprès des candidats et des partis qui sont dans la course pour la présidentielle et les législatives.  

Par ailleurs on a monté une grande campagne de communication pour mieux faire connaître Démocratie Ouverte et tous ces acteurs, les initiatives existantes et les solutions que l’on a contribué à faire émerger.  On est partis du constat que les graves crises que nous traversons ne peuvent pas se résoudre aisément s’il n’y a pas plus d’implication des citoyens, lesquels se désintéressent pour beaucoup, voire sont de plus  en plus hostiles aux décisions décidées par les gouvernements. 

Donc on s’est dit que 2022 était une fenêtre de tir unique. Cela fait dix ans qu’on développe des solutions au quotidien. On les voit  fonctionner sur le terrain ça et là, on sait que les solutions existent, il faut juste une volonté politique alignée pour les faire émerger à plus grande échelle. 

À titre personnel, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager chez Démocratie  Ouverte ? 

Mon parcours est assez représentatif de celui de beaucoup de militants venant des sphères de luttes  environnementales et sociales. J’ai évolué dans l’ESS, j’étais chez Makesense, où j’avais co-fondé la partie “Média et Événements” et développé la partie animation de communautés. Venant d’une famille très politisée, je m’étais dit que je me dirigerais plutôt vers la culture ou l’associatif. Et puis, petit à petit, je me suis rendu compte que tout ce que l’on porte se heurte à un moment donné à des décisions qui sont prises sans nous, à l’image de ce qui s’est passé autour de la COP 26 pendant laquelle de grandes résolutions ont été prises et se sont heurtées à la réalité de l’impuissance politique de nos gouvernements. Puis il y a eu aussi pour moi le choc de l’élection de Donald Trump qui a démontré que nos démocraties occidentales n’étaient pas à l’abri d’élections de candidats venant des extrêmes pour le poste suprême. 

Puis pendant le confinement, avec 60 autres femmes, on a monté le programme « Investies » afin  d’entraîner les femmes à évoluer dans le champ politique qui est particulièrement violent. Il n’y a que deux ans que je suis moi-même entrée dans la sphère politique par le biais de Démocratie Ouverte et dans une envie partagée de porter avec d’autres mouvements, d’associations des plaidoyers autour de la justice sociale, environnementale et du renouveau démocratique. L’objectif pour nous est d’interpeller les candidats, les politiques, les médias, la société civile, provoquer des auditions, faire du plaidoyer politique pour valoriser l’innovation démocratique.

Quels sont les objectifs de Démocratie Ouverte par rapport aux décideurs ? Souhaitez-vous des soutiens concrets de leur part pour vos actions ou avez-vous la volonté de faire changer les lois ? 

Clairement, ce que nous souhaitons c’est changer les lois, changer les institutions, sortir de ce  présidentialisme à bout de souffle. Et pour cela, on s’est donné plusieurs objets de plaidoyer et plusieurs  temporalités.  

Le premier objet, c’est un “Pacte pour la Démocratie”, un pacte d’urgence. Pour ce pacte-là, on travaille depuis septembre dernier avec plusieurs autres associations et ONG. On a rédigé un ensemble de  mesures qui ont été soumises à consultation auprès du grand public afin d’en extraire les plus urgentes et qui font consensus. Ce pacte-là, nous souhaitons le soumettre à signature, en tout cas interpeller les  candidats et les partis en disant “Voici les mesures qui nous semblent urgentes à implémenter pour le  renouveau de nos institutions, pour redonner confiance, accélérer la participation citoyenne aux décisions  publiques » et obtenir qu’ils engagent le débat ou qu’ils s’engagent tout court.  

La mesure que l’on veut dans tous les cas, c’est une Convention Citoyenne pour la Démocratie. Alors, soit on arrive à l’obtenir du prochain président ou de la prochaine présidente, soit on continuera de mettre tout  en œuvre pour la faire advenir. Et pour que cette Convention Citoyenne pour la Démocratie commence déjà à prendre forme, on organise partout en France des Assemblées pour la Démocratie, ouvertes à toutes et à tous. On travaille avec les associations locales, avec les élus et les collectivités dans le but d’accompagner les citoyens à prototyper les ou leurs solutions pour la démocratie. Comme par exemple la création d’une fresque de la démocratie qui dans l’exercice de sa réalisation donne à voir toutes les strates, les corps intermédiaires, les contre-pouvoirs, le niveau d’élection, du plus local au plus national. Lors de ces exercices les participants se rendent compte de la complexité de nos institutions et de la difficulté à avoir une démocratie plus ouverte. Et on les  accompagne dans l’identification des nœuds mais aussi des leviers d’action tout en leur indiquant comment ils peuvent interpeller les médias ou leurs élus afin qu’ils s’associent à la démarche. 

« 84 % des Français demandent à prendre une part plus importante dans le processus de prise de décision politique »  

Extrait de la tribune “Un nouveau modèle démocratique est possible” publiée dans le journal le Monde le 25 février 2022 

Vous avez ce réseau de 1000 personnes, comment faites-vous concrètement pour les  mobiliser ? Existe-t-il différents niveaux d’engagement ?  

C’est un réseau qui fédère de nombreux acteurs très différents que l’on essaie de faire travailler ensemble. Cela passe par de l’animation de communautés, de cercles : cercles projets, territoires, innovateurs démocratiques, la plupart du temps menés par des bénévoles. On a un gros pôle animation de communautés, qui va communiquer, former et accompagner tous ces différents publics avec parfois des  élus bénévoles ou qui font partie de notre conseil d’orientation stratégique. Cela va de la newsletter à des programmes de formation, à des équipes de mobilisation qui vont faire monter nos bénévoles en compétence comme aujourd’hui sur la campagne. Par exemple, on a des bénévoles qui travaillent sur la  notation des programmes présidentiels. Ils ont passé au crible le volet démocratique des propositions des  candidats et souhaitent les interpeller sur l’écart entre les attentes citoyennes et leurs propres propositions. Un autre cercle d’une cinquantaine de personnes s’occupe de cartographier toutes les initiatives de démocratie participative sur l’ensemble du territoire afin de les mettre en lumière et favoriser leur essaimage. Et on a des bénévoles qui travaillent à des fins de mobilisation avec actuellement sur la période de la présidentielle et des législatives en aidant à organiser des assemblées locales, des “Democracy Happy Hours”, grâce à un kit de mobilisation qui permet à un bénévole d’aller très facilement dans son bar ou lieu culturel préféré et organiser des heures de discussions. Ce qu’on aimerait à terme, c’est qu’une organisation comme la nôtre soit considérée par l’ensemble des citoyens comme aussi nécessaire que ces grandes ONG qui se battent pour contre la faim dans le monde, pour la protection des fonds marins ou la liberté de la presse car on ne peut pas se permettre de baisser la garde dans le combat pour plus de démocratie et d’inclusion sociale. 

Comment s’est organisée votre consultation numérique de janvier-février 2022 ? 

La consultation numérique a commencé mi-janvier et s’est achevée le 14 février. On y a listé les 20 mesures rédigées après de longs mois de travail et demandé aux participants de noter ces 20 mesures en fonction du degré d’urgence, d’importance et de maturité que chacune représente. On a également demandé si chaque mesure doit être dans le pacte final ou être renvoyée à la Convention Citoyenne pour la Démocratie. La consultation a aussi une visée informative pour inciter les citoyens à en apprendre davantage, par exemple sur les nouveaux modes de scrutin. Elle permet aussi d’initier le débat avec les médias.  À l’issue de la consultation, les résultats ont été dépouillés et classés et on a retenu 6 mesures jugées comme les plus urgentes, les plus nécessaires et les plus matures et avec lesquelles nous interpellons les candidats aux élections par le biais d’une tribune publiée par le Monde le 25 février dernier et signée avec 300 autres signataires (ONG, associations, militants, sociologues, politiques, soutiens de la société civile). Nous avons d’ailleurs l’intention d’organiser un événement public fin mars à Paris auquel nous inviterons tous les candidats. 

Quels retours d’expérience retenez-vous de l’organisation de la Convention Citoyenne pour le Climat pour de futures Conventions Citoyennes ?

La première leçon retenue c’est que l’on doit tout faire pour s’assurer que ce sur quoi les citoyens vont  travailler va pouvoir se mettre en place, que les promesses seront tenues.  

On est confiants sur le fait que le prochain président aura envie de mettre en place une Convention. Mais  notre but est que celle-ci soit suffisamment autonome pour pouvoir déclencher un Référendum d’Initiative Citoyenne. La Convention Citoyenne sur le Climat a démontré que si l’on donne le temps aux citoyens de se former,  d’avoir des experts qui viennent leur donner des avis contradictoires, alors au bout de neuf mois, ils sont capables de rendre des décisions éclairées et reconnues par le corps scientifique ou par des experts comme ceux du GIEC. Un autre constat que l’on a pu faire c’est qu’on n’a pas besoin d’être expert pour pratiquer la démocratie.  Cependant un seul débat ne réglera pas le problème, il faut pouvoir instaurer une démocratie continue et permanente qui inclut tant des conseils de quartiers que des référendums d’initiative citoyenne.  La convention citoyenne n’est pas une baguette magique, elle doit servir à fédérer, à faire le lien entre le local et le national, à favoriser des espaces de débat, de contradiction et à faire en sorte que les décisions prises à un moment donné par les instances dirigeantes soient plus justes pour la majorité. 

Pour en savoir plus sur la campagne, rendez-vous sur https://fairegagnerlademocratie.fr/

Le dimanche 27 mars de 10h à 18h à l’Agora de Belleville Démocratie Ouverte un événement pour interpeller les candidats, débattre, et construire ensemble le futur de la démocratie.

Pour vous inscrire rendez-vous sur le site ou leur la page Facebook de Démocratie Ouverte.

Propos recueillis par Amina-Mathilde N’Diaye, consultante en communication politique, spécialisée dans les civic tech et éditrice du média Civic Techno


Réflexions

Concertation « Et si on statuait ? » organisée par la ville de Rouen

25 février 2022 • By

Dans le cadre d’un article publié par le média « Entourages », j’étais sollicitée pour commenter la concertation « Et si on statuait ?  » organisée d’octobre à décembre 2021 par la Municipalité de Rouen. Cette initiative étant un cas particulièrement intéressant de démocratie participative au niveau local, je partage ici mes principales analyses sur cette démarche.

Rappel du contexte

En octobre 2021, la municipalité de Rouen a lancé la concertation « Et si on statuait ? » pour initier un « large débat autour de la question de la place des femmes et de la représentation féminine dans l’espace public, au travers du « Débat des Mémoires » précise le site de la Ville. Il explique « Aujourd’hui, 5% seulement des noms de rues sont féminins, et quasiment aucune rue emblématique, place, lieu très visible ne porte de nom féminin à Rouen (à part la rue Jeanne d’Arc). Cet invisibilisation de la moitié de l’humanité (52% précisément !) n’est pas anodin et fait écho plus largement aux inégalités qui demeurent entre les femmes et les hommes ».

À l’occasion de la restauration de la statue de Napoléon 1er, à laquelle la Ville de Rouen consacre « 200 000 euros d’argent public », les élus ont souhaité ouvrir le débat. Pour la municipalité, « ll ne s’agit évidemment pas de déboulonner la statue de Napoléon, ni de la cacher ou de réviser l’Histoire, mais de s’interroger sur son implantation future et surtout sur l’opportunité qui nous est offerte de donner aux femmes une place bien plus importante sur la place de l’Hôtel de Ville, symbole par excellence de la démocratie et de la République au niveau local ».

Dès le départ, le maire de Rouen ne fait pas mystère de sa volonté de remplacer la statue de Napoléon par celle d’une figure féminine représentant la lutte en faveur des droits des femmes.

La concertation qui a engagé quelque 7% des citoyens de la ville a provoqué de vives réactions et s’est finalement soldée par une majorité de réponses défavorables au changement proposé.

Analyse

On observe aujourd’hui que les consultations citoyennes numériques entrent dans les mœurs. Les élus et collectivités consultent de manière beaucoup plus fréquente et sur de nombreux sujets ; il faut donc se préparer à faire face à de nouveaux questionnements.

L’exemple de la consultation de Rouen est un cas qui pose plusieurs questions de fond aux praticiens et aux communicants publics. J’en citerai trois :

1) Tout d’abord, l’importance du choix du sujet mis en débat. Doit-on se limiter à consulter sur des questions consensuelles au risque de mobiliser faiblement les habitants et les médias ou oser consulter sur des thématiques qui peuvent susciter la controverse, mais aussi de l’engagement localement, sur les réseaux sociaux et générer de l’intérêt médiatique ?

2) Du point de vue de la stratégie de communication autour de la consultation, comment ne pas donner du grain à moudre à ses opposants et aux médias qui, sans peut-être faire l’effort de s’intéresser à la méthodologie et aux “gardes fous” mis en place pour assurer l’intégrité du processus, pourraient s’empresser de dénoncer un processus biaisé et peu représentatif ?

3) Enfin, troisième question, plus politique celle-ci : comment éviter de donner l’impression qu’une consultation publique est instrumentalisée pour faire avancer l’agenda politique et partisan d’un élu, plutôt qu’un sujet d’intérêt public?

Un effort de communication sur la méthode

La Municipalité de Rouen a communiqué sur la manière dont les choses allaient être organisées, un espace en ligne de contributions sur le site Rouen.fr,  la tenue de quatre conférences thématiques, deux visites culturelles autour de l’histoire statutaire rouennaise, un micro-trottoir, la mise en place d’ateliers composés d’experts et d’un panel représentatif de 20 citoyens et une votation citoyenne pour clore la concertation.

Une méthodologie rigoureuse ne suffit pas

Du point de vue de l’organisateur, se dire qu’on a utilisé une méthode rigoureuse et vertueuse dans la mise en œuvre de la démarche, avec par exemple, la constitution de panels représentatifs, ne va pas résoudre les trois problématiques soulevées plus haut. En effet, si rappeler régulièrement les différents arbitrages méthodologiques reste un pré-requis, ces derniers restent bien souvent le domaine des initiés et des acteurs engagés localement qui feront l’effort de se déplacer à des réunions publiques, de participer aux diverses étapes de la consultation et de s’y intéresser sur le fond.

Il faut également s’attendre à ce que des médias ne retranscrivent pas toutes les étapes de la démarche et à ce qu’ils n’en reprennent que certains temps forts et informations clés et qu’à l’issue de la concertation vos opposants n’hésitent pas à juger que certains critères de succès ont manqué au processus.

Les écueils des huis-clos et des panels

Attention aussi au choix de la mise en place de panels restreints de citoyens, qui à l’heure des possibilités d’élargissement offertes par le numérique, peut laisser penser que le processus est verrouillé par les organisateurs et les experts.

Une démarche participative centrée sur la figure du maire

Concernant Rouen, même si on peut saluer la volonté du maire d’avoir été transparent en affichant sa préférence concernant l’éventuelle nouvelle statue à placer sur le parvis de l’Hôtel de Ville (en l’occurrence celle de l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi), le fait de l’avoir annoncé dès septembre, avant le lancement de la consultation citoyenne en octobre, interroge car cela peut affaiblir et biaiser d’emblée la démarche.

Une concertation se doit d’être la plus ouverte possible car quand le format est contraint ou l’intention paraît orientée, le risque existe de donner l’impression aux citoyens que « tout est plié d’avance », qu’il s’agit d’une consultation à des fins politiciennes et cela produit l’effet inverse, c’est-à-dire défiance et clivages. 

Justifier la démarche pour les citoyens

La première étape aurait peut-être dû être plus explicative en précisant pourquoi le remplacement éventuel de la statue de Napoléon pouvait se poser alors même qu’elle était en train d’être restaurée. Ensuite, peut-être que la liste des personnalités envisagées aurait dû être proposée par les citoyens eux-mêmes lors des ateliers et communiquée publiquement au travers des médias en précisant que le choix de conserver la statue de Napoléon était bien l’une des options et que la démarche visait principalement à questionner plus largement le devoir de mémoire, la place des figures féminines dans l’espace public et montrer ainsi que le processus était inclusif, évolutif et ouvert. La Municipalité a d’ailleurs communiqué en ce sens mais les médias ont principalement mis en avant la prise de position du maire et les témoignages en faveur ou contre l’initiative.

Calendrier médiatique national et débat hors sol

Par ailleurs, il faut veiller au timing médiatique puisque dans ce cas précis c’était un moment où le sujet du déboulonnage des statues et celui de la « cancel culture » étaient au cœur des débats. Il y avait donc un fort risque pour que des médias ou des opposants utilisent l’initiative comme exemple concret pour évoquer ces thèmes polémiques au niveau national. Dans ce cas précis, le choix d’orienter la consultation sur la statue de Napoléon en particulier pose aussi question, d’autant que les débats autour de la célébration ou non du bicentenaire de sa mort en mai 2021 avaient déjà suscité de vives réactions.

En fonction des sujets choisis, une consultation peut rapidement quitter la sphère strictement locale et se transformer en référendum national informel, cliver les habitants et l’opinion publique, renforcer la polarité autour d’un débat et mobiliser des « communautés numériques » non-locales qui parviendront rarement à trouver un compromis sur le sujet : dans ce cas, les sphères patriotes – identitaires VS progressistes – bloc des justices, qui se sont fortement mobilisées sur les réseaux sociaux pour commenter l’initiative et encourager les Rouennais de chaque camp à aller voter. En termes techniques, cela peut représenter un risque de « trolling » mais surtout biaiser les résultats de la consultation en fonction de la communauté qui se sera le plus mobilisée pour aller voter. Dans ce cas, celle-ci n’était ouverte qu’aux Rouennais mais on voit que la mobilisation « contre » s’est, elle, davantage déportée au niveau national dans les médias d’opinion qui ont commenté l’initiative de manière assez critique dans leur majorité. 

Bilan de l’opération 

Rouen mis au centre de l’attention médiatique

Si l’objectif était de faire connaître le maire et ses initiatives au niveau national, c’est plutôt réussi, d’autant qu’il venait d’être élu. Déjà dans les médias on le présentait au moment de son élection en juin 2020 comme un maire PS, jeune et progressiste. L’idée était peut-être de poursuivre cette séquence médiatique sachant qu’il s’était engagé au moment de sa campagne à donner des noms de femmes à « toutes les nouvelles réalisations qui enrichiront l’espace public de Rouen pendant la durée de son mandat ». Cette politique sera d’ailleurs mise en place dès sa prise de fonctions par le changement de certains noms de rues.

Une consultation à l’impact plus discret

Si le but était de susciter le débat autour de la question mémorielle et de la place des femmes dans l’espace public au-delà de l’espace rouennais, on observe que la synthèse et les enjeux de cette concertation ne semblent pas avoir mis ces thèmes au centre des grands débats actuels dans le contexte de l’élection présidentielle. En revanche, il est possible que cela contribue à initier le questionnement sur la féminisation de l’espace public et dans cette optique la démarche volontariste du maire en la matière a pu plaire à une partie de son électorat et à une frange de l’opinion engagée sur ces sujets.

Amina-Mathilde N’Diaye, consultante en communication politique, spécialisée dans les civic tech et éditrice du média Civic Techno


Ils font la Civic Tech, Interview

Crise sanitaire : les CivicTech en 2021 selon Make.org

3 février 2021 • By
2021 : dépôt de bilan pour les CivicTech ?
2021 : dépôt de bilan pour les CivicTech ?

1 – Bonjour Axel (Dauchez), il y a un moment que je n’avais pas pris de tes nouvelles et de celles de Make.org. J’ai vu que vous aviez sorti plein de super projets : peux-tu nous en dire plus sur le Make 2020, comment vous en êtes arrivés là et ce que vous avez dans les cartons pour l’avenir ?

Malgré la situation sanitaire et la crise, l’année 2020 a été très riche en initiatives pour Make.org, avec toujours cette volonté de faire notre part au service de l’intérêt général.  Nous avons lancé la Grande Cause pour la Protection de l’Enfance en septembre dernier au Ministère de la Santé et des Solidarités. Cette grande mobilisation pour protéger les enfants contre toutes les violences a recueilli plus de 4 300 propositions, ce qui montre que les citoyens ont envie de s’exprimer sur ce sujet crucial pour notre société. Nous avons également réalisé une consultation importante sur la mode responsable. Ce fut un franc succès avec 107 000 participants mobilisés pour encourager les professionnels et consommateurs à rendre cette industrie plus durable.  En cette année si particulière, nous avons également réalisé, avec la Croix Rouge française, WWF France, Groupe SOS, Mouvement UP et Unis-Cité, la plus grande consultation sur “Le Monde d’après”. Plus de 165 000 citoyens se sont exprimés et ont émis le nombre record de 20 000 propositions pour construire ensemble la société de demain, plus résiliante et solidaire.

Grande cause Make.org : Améliorer les conditions de vie dans notre territoire.

Les ambitions pour l’avenir sont nombreuses. Nous allons lancer notre prochaine Grande Cause sur le thème des territoires au début de l’année prochaine, en amont des élections régionales.

2 – J’aimerais avoir ton avis : penses-tu que la Civic Tech a pris en France ? L’écosystème des technologies civiques aujourd’hui est-il au niveau de l’espoir que nous portions tous dans ces nouveaux outils démocratiques ? Peux-tu me citer des réussites ? Des échecs ?

La Civic Tech est indéniablement en plein foisonnement aujourd’hui en France. Les mobilisations citoyennes, dans leur diversité, passent désormais quasi systématiquement par des usages numériques. Il y a un double mouvement : d’un côté la prise de conscience, à tous les niveaux de la décision politique, de la nécessité de consulter les citoyens et de l’autre, l’envie grandissante des citoyens de participer activement à la vie démocratique. Les Civic Tech permettent cette dynamique, cette réintermédiation sans laquelle il est aujourd’hui quasi impossible de recréer du lien à un niveau important. C’est en cela qu’elles sont au cœur du renouvellement démocratique.

Logo Make.org

Parmi les réussites de Make.org qui attestent de l’importance du poids des Civic Tech, je pense particulièrement à la consultation WeEuropeans que nous avons menée en 2019. C’était un véritable défi car il s’agissait de la plus grande initiative civique jamais menée en Europe. Elle a permis de toucher plus de 38 millions de personnes sur tout le continent. Un Agenda citoyen a été créé sur la base des propositions qui ont été faites par les citoyens, qui a servi de support aux engagements d’action pris par 200 partis politiques de tous les pays de l’Union européenne, ainsi que de grandes organisations de la société civile européennes.

Actuellement, les institutions européennes prévoient de lancer une grande Conférence sur l’avenir de l’Europe. Selon moi, c’est une initiative cruciale pour la démocratie en Europe, peut-être la dernière chance de répondre à la promesse d’une “Europe proche des Européens”. Les enjeux de cette Conférence sont donc immenses et je plaide pour qu’elle s’appuie sur des outils innovants, accessibles et inclusifs, qui permettront à des millions d’Européens d’y participer et pas seulement quelques milliers de personnes déjà très engagées sur le sujet. Je souhaite sincèrement la réussite de ce projet, car son échec pourrait créer une situation irrémédiable avec une sévère crise de confiance au niveau européen et une déconnexion des institutions.   

3 – Quel rôle les Civic Tech peuvent-elles ou doivent-elles jouer dans une période de confinement ?

Je crois que les Civic Tech jouent déjà un rôle crucial en période de confinement : celui de ne pas laisser place à l’inaction démocratique et civique. Elles peuvent et doivent maintenir le lien entre les citoyens et les décideurs, mais aussi avec l’ensemble de la société civile afin de permettre aux uns et aux autres de s’investir malgré la distanciation sociale. Les confinements sont des moments charnières d’un point de vue politique et de société, ils offrent la possibilité de penser à des solutions pérennes pour l’avenir. C’était exactement le sens de la démarche que nous avons menée pour “Le Monde d’après” : imaginer ensemble les soubassements d’une société résiliante, durable, et épanouissante pour tous.

Axel Dauchez

4 – Crois-tu qu’il y aura à nouveau une explosion du « phénomène » Civic Tech en 2021 dans le cadre des élections départementales ou régionales ? Pour la présidentielle en 2022 ? Sens-tu un nouvel appétit pour ces technologies citoyennes de la part du monde politique ?

Je pense que l’essor des Civic Tech est bien plus qu’un phénomène, il traduit l’émergence d’un nouveau système de pensée et de fonctionnement de la démocratie participative. Ce n’est plus un gadget qu’on met au fond d’un programme ou d’un site. Le recours aux Civic Tech et à la démocratie participative ne va, selon moi, cesser de croître ces prochaines années. On a d’ailleurs vu au cours des différentes élections précédentes que beaucoup de partis politiques ont eu recours au numérique. Il y a eu aussi le Grand Débat national, la Convention citoyenne pour le climat, qui s’est aussi appuyée sur des outils de la Civic Tech… Il y a fort à parier que cela va se répéter à l’avenir.

Toutefois, l’important reste que les Civic Tech soient au service de l’intérêt général citoyen avant tout. C’est un vecteur précieux de mobilisation de la société civile, en dehors de toute échéance électorale et c’est ce qui fait leur force.

Merci Axel


Contributions

Elections municipales : comment les outils numériques de civic tech changent les règles du jeu

6 septembre 2019 • By

La civic tech est maintenant partout. Les innovations technologiques ont envahi le champ démocratique, et ces outils sont en train de réinventer la façon dont les communes et agglomérations dialoguent avec leurs citoyens. Des plateformes de budgets participatifs aux sondages en ligne en passant par le recueil d’idées citoyennes, la civic tech est utilisée au quotidien par un nombre croissant de municipalités. Qu’en est-il des campagnes électorales ?

La présidentielle de 2012 aux Etats Unis a été la première à mettre en lumière les possibilités de la civic tech. En utilisant des outils numériques pour cerner les électeurs et aider ses ses militants à s’organiser, l’équipe de campagne de Barack Obama a gagné une longueur décisive sur ses adversaires. Depuis, l’usage de ces outils s’est démocratisé et de plus en plus de candidat.e.s s’en emparent pour mieux cerner les attentes des citoyens, associer ces derniers à la construction des programmes et ainsi mieux mobiliser les électeurs. Quelles sont les possibilités offertes par la civic tech ? Comment les candidats aux municipales peuvent-ils les mettre à profit ? Suivez le guide !

Augmenter la mobilisation

Les outils de civic tech sont avant tout un outil de mobilisation des communautés. Leur fonction première est d’aider les citoyens à communiquer entre eux, à s’organiser et à faire entendre leur voix. A l’échelle d’une campagne, de tels outils peuvent être de formidables atouts pour mobiliser les militants et s’organiser efficacement en interne. 

Des plateformes comme Actionkit fournissent des outils de campagne clefs en main. Rally permet d’organiser des levées de fonds en quelques clics seulement. CitizenLab donne aux partis la possibilité d’automatiquement segmenter les utilisateurs de la plateforme afin de communiquer de façon ciblée et offrir différents contenus pour les différents groupes de soutien.  


Envoi de messages ciblés à un groupe de militants sur la plateforme de CitizenLab

Au delà de l’aspect organisationnel, les outils de civic tech permettent également de consulter les militants et de véritablement leur donner une voix dans la construction du programme politique. Pour mobiliser les militants, « Il faut qu’il y ait une reconnaissance de l’investissement. Cela peut être un dîner avec le candidat ou l’accès à des groupes de travail pour élaborer la stratégie », déclarait ainsi récemment Florent Barre de Quorum au courrier des maires. Plus les militants se sentent écoutés et valorisés, plus la mobilisation augmente… et plus les candidats ont des chances de succès. 

Ecouter, cerner et cibler les électeurs

Ces dernières années, il a beaucoup été question de l’impact du big data sur les campagnes électorales. On invoque ainsi souvent le spectre de Cambridge Analytica, une entreprise qui utilise les données personnelles recueillies en ligne pour prédire de façon très précise les tendances de vote des électeurs et leur faire parvenir des messages micro-ciblés pour influencer leurs décisions. 

Ces techniques ont été développées par les équipes de campagne d’Obama en 2012, avant d’être perfectionnées et déployées à plus grande échelle lors de la campagne du Brexit puis des dernières élections présidentielles américaines et kenyanes. L’opacité et l’intrusivité de ces outils ont récemment valu à Cambridge Analytica de devoir venir s’expliquer devant le Parlement britannique

Depuis, de nouveaux outils qui se revendiquent de la civic tech tels que Callhub ou Acronym  tentent de démocratiser les recours à de tels outils et de redorer leur blason. Cependant, ces techniques sont encore souvent chères, mal perçues du grand public, et compliquées à mettre en place sans compétences techniques particulières. Qu’en est-il donc pour des équipes de campagne avec des moyens et des équipes réduites ?

A cette échelle, la réalité est bien moins effrayante (et bien plus atteignable). La collecte de données se fait au niveau des idées : les candidat.e.s sont en effet de plus en plus nombreux.ses. à consulter les citoyens lors de l’élaboration de leur programme. La consultation numérique permet d’atteindre un large nombre de citoyens et surtout d’entendre des voix qui sont absentes des habituelles réunions en mairie ou autres assemblées citoyennes : les jeunes, les parents, ou encore les citoyens issus de minorités. 

Ce processus permet également de mieux appréhender les attentes des citoyens, de voir comment elles varient selon les zones géographiques ou les critères démographiques, et ainsi de mieux communiquer avec les électeurs. Des plateformes telles que celle de CitizenLab permettent ainsi d’analyser automatiquement les contributions citoyennes, et de voir en un coup d’oeil les principales tendances qui en ressortent. 


Analyse automatisée des commentaires sur la plateforme de CitizenLab

Cette approche, bien plus transparente que la récolte de données personnelles sur internet, permet de tisser un lien durable avec les citoyens. C’est une façon de gagner la confiance des électeurs et d’exploiter l’intelligence collective des habitants d’une ville. De plus, des études récentes ont montré que les programmes auxquels les citoyens peuvent contribuer sont souvent perçus comme étant plus légitimes une fois mis en place. Les outils de civic tech sont là pour rester !

Disclaimer : ce post a été rédigé par Coline Cuau, Marketing Manager chez Citizen Lab


Contributions

CivicTechs : ne cédons pas à la DémoMagie !

17 avril 2018 • By

L’engouement pour les CivicTechs a pris une telle ampleur en France, que parler d’un effet de mode serait sous-estimé : c’est bien à la structuration d’un véritable écosystème que l’on assiste aujourd’hui, et que nous, citoyens, élus, et porteurs de projets, contribuons à construire. Mais dans notre enthousiasme, on oublie parfois que ces outils ne se suffisent pas à eux-mêmes : pour être efficaces, ils doivent être maîtrisés et s’inscrire dans une stratégie globale cohérente, comme compléments et leviers des dispositifs participatifs existants.

 

Un développement rapide et continu

Si les projets de CivicTech ont essaimé de manière exponentielle à l’approche des présidentielles de 2017, la plupart n’a pas périclité une fois les élections passées, comme on aurait initialement pu le penser ; au contraire, leur installation dans le paysage démocratique s’est effectuée naturellement, comme une évidence. Le chemin que les instigateurs de ces projets ont d’abord suivi intuitivement, répondant souvent à des convictions et à des visions personnelles, a ainsi ouvert la voie à la volonté partagée, tant par les élus que par les citoyens, d’expérimenter de nouvelles formes démocratiques.

Les outils développés se distinguent les uns des autres, présentant des “marques de fabrique” plus ou moins notables. On peut à ce jour en identifier quelques sous-ensembles : plateformes de débat et de partage d’idées en ligne ; réseaux sociaux citoyens ; budgets participatifs ; consultation citoyenne mobile et web ; etc. Nées dans la société civile, ces initiatives aujourd’hui structurées en association ou en startup répondent toutes au même objectif : moderniser les institutions et la relation élus-citoyens, en utilisant des moyens technologiques que nous n’avons jamais eus à notre disposition auparavant.

Cependant, à l’aube de l’instauration de nouvelles pratiques démocratiques, certaines questions se doivent d’être posées. Quelles sont nos attentes vis à vis des CivicTechs ? Quelle orientation voulons-nous leur donner ? Les résultats que nous visons sont-ils définis, et réalistes ?

 

Une solution magique ?

Il existe une tendance, en France, et particulièrement en période de crise, à chérir sans tout-à-fait se l’avouer le mythe de la figure politique providentielle : cette femme ou homme d’état qui ferait consensus et viendrait résoudre, grâce à ses compétences et à son charisme seuls, les difficultés que notre société traverse. Une telle figure n’existe pas : ne transposons pas cette attente de providentiel sur les CivicTechs, ne faisons pas l’erreur de penser qu’elles constituent en soi un remède miraculeux qui permettrait de créer une Démocratie Magique, une DémoMagie en quelques sortes. Cela reviendrait à céder au “solutionnisme technologique” que décrit Evgeny Morozov, ce chercheur américain spécialiste des implications politiques et sociales du progrès technologique et numérique.

Certes, les technologies civiques offrent des opportunités inédites, grâce à leurs fonctionnalités novatrices. Mais l’outil reste un outil ; ce qu’on en fait demeure la clef. Les CivicTechs constituent avant tout un moyen ; pas une fin en soi. Elles sont un levier, qui permet d’aller plus loin dans le jeu démocratique ; pas une solution miracle qui viendra combler les manquements de notre système. Elles doivent s’intégrer en complémentarité avec les formes traditionnelles de participation citoyenne ; pas se substituer au présentiel, aux conseils de quartier, aux enquêtes publiques.

La participation citoyenne est un travail de fond : elle se construit dans le temps, par la cohérence, la complémentarité, et la bonne coordination des actions menées. Les outils numériques viennent augmenter les moyens existants, mais doivent être intégrés dans une méthodologie globale pour être efficaces, et ce, sur le long cours. Avant d’en faire usage, il est particulièrement important de bien les comprendre, et de les maîtriser. La qualité du contenu dans l’interaction avec le citoyen, de même que la capacité à capitaliser sur la communauté utilisatrice, sont par exemple des facteurs déterminants pour établir une relation élu-administré solide. La collectivité peut choisir d’être accompagnée, afin de bien prendre en main les nouveaux enjeux qui se posent et de maximiser les chances de mise en oeuvre concluante du dispositif.

 

Plus d’audience, de rétention et d’implication

Concrètement, quel est l’apport des CivicTechs par rapport aux formes traditionnelles de participation citoyenne, et en quoi viennent-elles augmenter le champ de la démocratie participative ?

L’un de leurs atouts-clés tient dans leur capacité à toucher des audiences considérablement agrandies, qui incluent des profils habituellement éloignés des dispositifs participatifs traditionnels, notamment les jeunes générations et les actifs. En diversifiant et en élargissant la part de citoyens contributeurs, les CivicTechs dynamisent le champ de la participation citoyenne et accroissent son rayonnement.

Par ailleurs, leur faculté de rétention, ou autrement dit, la capacité à “retenir” des utilisateurs sur un service digital, est un autre de leurs points forts. Cette capacité de rétention est d’abord due à la facilité de participation qu’elles induisent : accessibles en continu et disponibles sur tous types de supports, notamment sur mobile, elles offrent au citoyen la possibilité de contribuer où et quand il le souhaite, selon ses disponibilités, et via des outils qu’il connaît et utilise au quotidien. Deuxièmement, leur rétention est liée à leur simplicité d’utilisation : ergonomiques, ludiques, elles sont pensées pour être intuitives et agréables à utiliser. D’autre part, la transparence, valeur phare pour la majorité des projets CivicTechs, gage sur la mise en accessibilité des résultats recueillis, ce qui permet au citoyen contributeur de s’informer sur les avis de sa collectivité et de se situer par rapport à ses pairs. Enfin, elles constituent un tiers de confiance : la donnée personnelle est anonymisée automatiquement, et les citoyens peuvent ainsi exprimer librement leurs opinions, sans être inquiétés.

Parce que le citoyen s’approprie plus facilement l’outil, il l’intègre dans son quotidien de manière plus évidente. L’acte de participation devient alors plus naturel pour celui-ci, de même que son implication dans la vie locale et dans les décisions qui le concernent. Ainsi, l’utilisateur ponctuel se mue en contributeur régulier, mieux informé des enjeux de son territoire et plus à même de s’en sentir partie prenante.

 

Par leurs fonctionnalités, leurs valeurs, leur ancrage dans la société civile, et leur capacité à créer du lien, les CivicTechs ont le potentiel de redonner un élan durable à la participation citoyenne, à une condition cependant : qu’elles soient intégrées intelligemment et progressivement dans les dispositifs participatifs existants. Ce point de vigilance est la clé de voûte, de même que d’entretenir la pluralité du secteur, avec des projets diversifiés et à taille humaine, ce qui permettra d’assurer un contrôle du citoyen et de l’élu sur la bonne poursuite des objectifs. Car quoi qu’il arrive, les CivicTechs ne doivent jamais perdre leur cap : demeurer des outils au service de la démocratie.

 

Tribune co-écrite par l’équipe Vooter – Camille Rosenblatt, Stéphane Béquin, Dimitri Delattre, et le chat.


Ils font la Civic Tech, Non classé

Les citoyens fixent le programme des prochains députés sur Make.org

8 juin 2017 • By

Fin mai, Make.org a lancé Législatives Citoyennes, une consultation nationale pour permettre aux Français d’adresser leurs priorités à leurs futur(e)s député(e)s pour les Législatives de 2017.

En faisant émerger des propositions politiques sur l’ensemble du territoire, l’initiative donne aux citoyens le moyen de faire savoir aux candidats de leurs circonscriptions les enjeux publics que leurs électeurs jugent primordiaux. Les actions de lobbying auprès des candidats permettent d’obtenir des futurs député(e)s qu’ils se prononcent sur ces propositions et les soutiennent, et enfin, qu’ils mettent réellement en œuvre celles sur lesquelles ils se seront engagé(e)s.

Anciens ministres ou novices en politique, 600 candidats répondent en ce moment aux Français sur la plateforme : https://www.legislatives-citoyennes.fr/

 

Voici quelques exemples de prises de position de candidats sur la plateforme :

 

Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, candidate dans la 2ème circonscription de Paris, Les Républicains

  • « Il faut qu’il/elle agisse pour la qualité de l’air dans les zones urbaines souvent victimes de pollution. Il en va de notre santé ! » Margot, Paris 3ème
    Nous avons perdu trop de temps pour interdire l’accès du cœur d’agglomération aux véhicules les plus polluants. Alors que tout était prêt en 2012, la majorité sortante a préféré tout remettre à plat, ce n’est que depuis cette année que les véhicules les plus polluants peuvent être interdits. Il faudra rapidement fixer un calendrier clair, permettant à tout un chacun, professionnels comme particuliers, de faire les bons choix
  • « Il faut qu’il/elle propose une loi interdisant la maltraitance animale (corrida, cirques, fourrure, élevage intensif…) » Christine, Auvergne-Rhône-Alpes
    D’accord, mais la corrida représente une tradition et une culture dans certaines régions du sud auxquelles les habitants de ces régions sont très attachés.

 

Benjamin GRIVEAUX, candidat dans la 5ème circonscription de Paris (La République en Marche)

  • « Il faut qu’il/elle ouvre le débat sur la légalisation encadrée du cannabis » Jean-Luc, Bourgogne Franche-Comté 
    La question n’est pas celle de la légalisation du cannabis mais celle de l’impact de la consommation sur la santé publique, en particulier sur les jeunes. Il faudra que le législateur dispose d’éléments tangibles sur l’impact du cannabis en termes de santé publique avant d’ouvrir le débat.
  • « Il faut qu’il/elle propose une loi retirant les taxes des petites entreprises de 0 à 10 employés » Frédérique, Bretagne
    Le principal objectif du quinquennat est de baisser le cout du travail pour les petites entreprises, en particulier pour les employés moins qualifiés. C’est le sens de la transformation du CICE en baisse de charges pérenne pour les entreprises.

 

Régis JUANICO, candidat dans la 1ère circonscription de la Loire (Parti Socialiste)

  • « Il faut qu’il/elle sache s’entourer des conseils de gens issus de la société civile et de leur expérience » Pascal, Auvergne-Rhône-Alpes
    Membre du groupe de travail « Parlement ouvert » à l’Assemblée, j’ai participé à l’expérimentation de modalités nouvelles pour associer davantage la société civile à l’élaboration et au contrôle de la loi. Ainsi, j’ai créé un « Observatoire citoyen » dans ma circonscription – une première en France : un collectif indépendant qui a carte blanche pour m’interpeller sur mon travail parlementaire et la fabrique de la loi. Nous avons beaucoup collaboré sur le projet de loi Egalité et Citoyen
  • « Il faut qu’il/elle interdise les élevages et cultures intensives » Olivier, Auvergne-Rhône-Alpes
    Le modèle intensif n’a pas d’avenir en agriculture : hyperspécialisation fragilisant les territoires, pollutions diffuses de l’eau, des sols, de l’air ; consommateurs alertés sur la qualité des produits ; agriculteurs dont la santé est mise en danger par leur exposition prolongée à des produits nocifs… Il faut rompre avec ce modèle et promouvoir un développement durable de l’agriculture, tout en assurant l’autonomie alimentaire de l’Europe avec des produits sains et diversifiés.

 

Histogramme Législatives Citoyennes Marke.org


Présidentielles 2017

Présidentielles 2017 : Nicolas Dupont-Aignan et les CivicTech, l’interview

8 avril 2017 • By

A quelques jours des élections présidentielles, CivicTechno.fr a interrogé les candidats sur leur vision des Civic Tech aujourd’hui en France, leur rôle dans la campagne et la place de la tech citoyenne dans leur programme. Second épisode avec l’interview de Nicolas Dupont-Aignan.

CivicTechno.fr est un site apolitique dédié aux technologies civiques, l’ensemble des 11 femmes et hommes politiques prétendant à la fonction suprême de l’État ont reçu le même questionnaire et leurs réponses sont diffusées ici sans filtre ou sélection partisane. 

 

Avez vous le sentiment que la technologie est bien utilisée aujourd’hui dans la relation avec les citoyens ?

Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un grand manque dans la relation entre la technologie et le citoyen. Il existe un réel degré d’interaction entre le politique et le citoyen via Facebook et Twitter notamment et il n’est pas possible de penser que le fossé entre la technologie et le politique est immense (du moins dans les relations avec les citoyens).

Je pense également que les citoyens ont compris tous les rouages de cette relation, et l’utilisent d’ailleurs parfaitement. Entre Change.org qui a permis de mettre l’accent sur des dizaines de problématiques, les réseaux sociaux qui permettent de prendre la température liée à des actualités ciblées (à travers les interpellations directes par commentaires ou messages privés, l’analyse des préoccupations via les taux de partages sur tels ou tels sujets), il n’y a jamais eu plus d’interaction entre citoyens et responsables politiques qu’aujourd’hui !

 

« Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un grand manque dans la relation entre la technologie et le citoyen » Nicolas Dupont Aignan Civic Tech CivicTech

 

Pensez vous que l’Etat peut être moteur du changement et du renouveau démocratique en participant activement au développement des technologies qui le permettent ?

Clairement, oui ! Mais pas à n’importe quel prix. L’Etat peut bien sûr être le moteur d’un changement et d’un renouveau démocratique en participant au développement des technologies, mais à partir du moment où l’Etat s’implique, les initiatives à la base dites « citoyennes » perdent de leur saveur ! Certes, l’appareil d’Etat doit prendre en compte les initiatives, les encourager, mais pas les créer.

 


La relation entre le citoyen, le politique, les institutions, c’est une relation de confiance. Une relation de proximité. Bien sûr, il faut se parler, échanger et s’interpeller grâce à la technologie. Mais il ne faut jamais oublier que nous sommes des êtres humains, sociaux, et que nous avons besoin de nous voir, nous toucher, nous regarder, d’échanger ensemble. Rien ne pourra jamais se substituer à un regard qui vous dit merci.

 

Utilisez-vous un logiciel de stratégie électorale pour gérer vos relations avec les militants et les électeurs ?

Non je n’utilise aucun logiciel de stratégie électorale pour gérer les relations, ni avec les militants ni avec les électeurs. Le message que j’ai à faire passer ne change pas selon les quartiers où je me déplace, selon le temps qu’il fait à Quimper ou la température de l’eau à Narbonne. À partir de ce point, il m’est incompréhensible de vouloir cibler des zones et en exclure d’autres, car ce n’est pas ma conception de la politique, ni de la République. Je fais donc campagne partout, et la même campagne partout.

Ainsi, je suis régulièrement en contact avec les cadres de mon mouvement, mes équipes me font remonter les informations de terrain, les inquiétudes, les encouragements.

 

"Sans dénigrer les CivicTech, ce peuple Français n’est pas forcément sur la toile" Civic Tech interview Nicolas Dupont Aignan

Mon seul logiciel de stratégie est donc compris dans le cœur de mon projet politique : c’est le respect du peuple Français. Et sans dénigrer les « CivicTech », ce peuple Français n’est pas forcément sur la toile.

 

Les Civic Tech sont-elles selon vous un terme « gadget » ?

Je ne pense pas que les « Civic Tech » soient un gadget qui donne du sens aux consultations publiques. Elles sont plutôt selon moi un complément qui permet de lier deux mondes : le monde ultra-connecté des nouvelles générations nées avec un clavier dans les mains, et la France qui ne connaît pas, à cause des zones blanches, d’un manque de moyens ou d’intérêt, les possibilités qu’offre internet.

 

"Les Civic Tech font le lien entre le monde ultra-connecté des nouvelles générations nées avec un clavier dans les mains, et la France qui ne connaît pas les possibilités qu’offre internet" Nicolas Dupont Aignan Civic Tech CivicTech

S’il faut donc des consultations publiques, oui, elles peuvent avoir lieu sur la toile, mais en parallèle sur le terrain. Il faut que chaque personne puisse avoir le lien qu’elle estime nécessaire à son épanouissement démocratique.

 

Avez-vous utilisé les Civic Tech pour une forme de co-création de programme ou votre programme prévoit il le développement des technologies dites civiques en France ?

Mon programme est né de milliers d’échanges et de rencontres, dans toutes les régions de France. Nous n’avons pas utilisé les « Civic Tech » pour le créer, même si nous avons pris en compte beaucoup de remarques que des citoyens nous avaient fait parvenir. Notre programme ne traite pas directement des « Civic Tech » mais directement des nouvelles technologies.

Toutefois, les initiatives citoyennes seront toujours encouragées, car qu’elles soient physiques ou technologiques, elles sont l’essence même de la démocratie.

 

« Les Civic Tech permettent à tous de pouvoir s’engager dans la vie du pays. Et ça, c’est le plus beau service qu’elles puissent nous rendre ! » Nicolas Dupont Aignan

In fine, les « Civic Tech » sont finalement un nouveau mode d’expression qui a la chance de permettre à tous de pouvoir s’engager dans la vie de son pays. Et ça, c’est le plus beau service qu’elles puissent nous rendre !

 


Présidentielles 2017

Présidentielles 2017 : Benoît Hamon et les CivicTech

27 mars 2017 • By

A quelques semaines des élections présidentielles, CivicTechno a interrogé les candidats sur leur vision des CivicTech aujourd’hui en France, leur rôle dans la campagne et la place de la tech citoyenne dans leur programme. Premier épisode avec Benoît Hamon.

CivicTechno.fr est un site apolitique dédié aux technologies civiques, l’ensemble des 11 femmes et hommes politiques prétendant à la fonction suprême de l’État ont reçu le même questionnaire et leurs réponses sont diffusées ici sans filtre ou sélection partisane. 

Benoit Hamon Civic Tech CivicTech

Avez-vous le sentiment que la technologie est bien utilisée aujourd’hui dans la relation avec les citoyens ?

Le numérique change la donne, y compris en politique car il ouvre des possibilités de participation plus grandes. Nous devons nous en saisir pour faire en sorte qu’il contribue à améliorer la relation entre les citoyens et les élus. C’est un outil formidable pour renouer le dialogue dont on a tant besoin à l’heure où notre démocratie va mal. C’est un atout pour créer une société plus collaborative, c’est pour cela que je propose aux français de contribuer à l’écriture de mon programme présidentiel sur : conseilcitoyenhamon2017.fr.

Hamon programme collaboratif civic tech civictech
De bonnes pratiques émergent, des expérimentations positives proposent une nouvelle pratique de la démocratie, portées par des personnalités politiques ou des collectivités locales ou par la société civile comme pour République numérique ou le budget participatif de Paris. La société sait se saisir du numérique pour interpeller le politique sur des sujets importants, le vrai problème à l’heure actuelle est que les institutions ne sont pas toujours conçues pour prendre en compte ces contributions citoyennes : c’est pour cela que je propose le 49.3 citoyen par exemple. Nous devons aussi aider ceux pour qui c’est moins évident de se saisir de l’outil numérique, en soutenant par exemple des associations qui accompagnent les citoyens dans cette démarche. Le numérique doit aussi être un outil de démocratisation de la participation.

Pensez-vous que l’Etat peut être moteur du changement et du renouveau démocratique en participant activement au développement des technologies civiques ?

Bien sûr, l’État a un rôle à jouer pour favoriser l’émergence de ces technologies. Pour autant, est-ce qu’il doit développer lui-même les technologies qui permettent d’améliorer la relation entre les citoyens et les élus ? Je dirais que cela dépend des usages. Certains outils Civic Tech sont plus pertinents s’ils sont développés par des associations ou des startups, ceux qui servent à interpeller les pouvoirs publics par exemple. D’autres outils, comme le site du budget participatif de la ville de Paris peuvent être développés en interne et s’adapter ainsi aux fonctionnements de l’Administration. Lors du Sommet du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert, qui s’est tenu à Paris en décembre dernier, la France a proposé une boîte à outils qui recense et facilite l’accès à des outils de participation, développés par des associations, des entreprises ou des pouvoirs publics dans le monde entier. Cela me paraît être une bonne démarche. Il faut aussi réfléchir à un modèle économique qui permette le développement de la Civic Tech.

Role de l'Etat CivicTech Civic Tech Benoit Hamon Presidentielles

Les Civic Tech sont-elles selon vous un terme « gadget » pour donner du sens aux consultations publiques ?

Les Civic Tech sont des outils numériques dont l’objectif est d’améliorer la démocratie, tant la participation des citoyens aux décisions publiques que l’engagement civique. Ce ne sont pas des gadgets. Par ailleurs ils doivent être utilisés avec sincérité par les élus. Si ce n’est pas le cas, je pense que les citoyens s’en rendent compte.
Il ne fait pas de doute que notre système démocratique n’est pas optimal, les citoyens n’ont pas suffisamment la possibilité de faire entendre leur voix lorsque des décisions publiques sont prises. En revanche, ce serait une erreur de réduire les Civic Tech à la consultation publique en ligne, il existe toute une palette d’outils dont les politiques et les administrations doivent se saisir pour améliorer la qualité et la pertinence de leurs décisions. Les Civic Tech peuvent améliorer la transparence de l’action publique, favoriser l’interpellation des décideurs, comparer les programmes politiques ou faciliter l’engagement bénévole. Ce qui est intéressant aussi c’est quand ils permettent de faire émerger des propositions des citoyens directement et non pas seulement prendre des avis sur des propositions des élus. Les Civic Tech s’ajoutent aux dispositifs de participation classiques, ils ne les remplacent pas. Comme je l’ai indiqué nous devons avoir une attention particulière pour certains publics moins familiers avec le numérique, pour les aider à s’en saisir. Cela peut passer par le biais d’associations qui accompagnent les habitants avec le soutien financier de l’État.

 

Avez-vous utilisé les Civic Tech pour une forme de co-création de programme ou votre programme prévoit il le développement des technologies dites civiques en France ?

plateforme expression hamon 2017 civic tech civictech

Je propose une plateforme numérique sur laquelle les français ont fait des propositions sur de nombreux sujets. Elles seront examinées par un Conseil citoyen paritaire constitué de 40 personnes qui ont été tirées au sort parmi des volontaires. C’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle propose ce type de démarche. C’est à l’image de ce que je souhaite faire si je suis élu Président de la République : créer les conditions d’un lien plus régulier entre les élus et les citoyens pour co-élaborer des politiques publiques. Je propose également la plateforme Expressions, ouverte à toutes les initiatives de la société civile, elle est alimentée par des textes, des vidéos, des photos, des films d’animation et des infographies pour éclairer les expérimentations et projets qui construisent aujourd’hui le monde de demain. Je souhaite m’appuyer sur les outils développés par les Civic Tech et aider au développement de nouvelles applications. C’est pourquoi j’évoquais la question du développement d’un modèle économique qui leur permette de se développer. Je m’appuierai par exemple sur les outils de la Civic Tech qui permettent la co-élaboration des lois et de politiques concrètes, mais aussi pour des Conférences citoyennes sur des sujets importants et pour les e-pétitions.